André Williams ou le retour inespéré

 

 

"André Williams fait sonner Little Richard comme Pat Boone" (Lux Interior)".

 

Années 80. Chicago. André Williams fait la manche sur un pont. Il ne pense qu'à une chose : sa prochaine pipe de crack. On pourrait penser qu'on n'entendra plus jamais parler de lui mais c'est mal le connaitre...

 

Né à Bessemer, Alabama, en 1936, André "Mr. Rythmn" Williams débute sa carrière en 1952 en chantant dans une chorale religieuse. En 1956, il est à Detroit où il se lie d'amitié avec la propriétaire de Fortune Records, Devora Brown. Il enregistre plus de 50 chansons pour Fortune dont "Bacon Fat", "Jailbait", "The Greasy Chicken", etc. Déjà à l'époque, il pratique le parlé/chanté avant tout le monde et notamment les rappeurs. Pourquoi ? Parce ce qu'il estime qu'il n'a pas une voix capable de rivaliser avec les ténors de la période qui, eux, peuvent aller très loin dans les aigus.

 

Un jour du début des 60's, il est chez son coiffeur et ce dernier lui dit qu'il aimerait lui présenter quelqu'un, un producteur débutant, un certain Berry Gordy. C'est ainsi que Williams fait la connaissance du fondateur de Tamla Motown avec lequel il travaillera pendant plusieurs années même si les relations entre les deux hommes sont pour le moins houleuses (Berry Gordy sacquera et réembauchera Williams à plusieurs reprises). Williams va produire pour Motown les premiers enregistrements de Stevie Wonder, la face B du single de Mary Wells ("My Guy"), il écrit "Shake A Tail Feather" pour les Five Du-Tones. Il produit les Countours ("Shout", "Do You Love Me").

 

Il met un terme à sa collaboration avec Motown en 1965 et passe à la concurrence, Chess Records. Là, Il enregistre quelques singles et écrit "Funky Judge" pour Bull & The Matadors (repris par le J Geils Band).

 

Au début des années 70, il écrit quelques titres pour Parliament et Funkadelic. Puis il rencontre Ike & Tina Turner dont il produit l'album Let Me Touch Your Mind. Pour ce faire, il passe 18 mois chez Ike Turner, un Ike chez qui, comme le raconte Williams, il y avait de la cocaïne partout. Résultat des courses, il devient accro et il lui faudra des années pour se débarrasser de cette mauvaise habitude qui va l'entrainer au fond du caniveau.

 

Mais il parvient à vaincre ses démons et en 1996 enregistre Greasy, un album de reprises de ses vieux titres accompagné par The El Dorados qui comptent dans leurs rangs un certain Dick Taylor (ex Pretty Things). Sur cet album, il reprend son bon vieux standard "Jailbait" mais le disque est un peu à coté de la plaque car trop enraciné dans la nostalgie. Toujours est-il qu'il faut remercier la "Cramps Connection" dans la mesure où c'est Norton Records (créés par Miram Lenna qui a joué de la batterie avec les Cramps dans les 70's) qui publie cet album.

 

1998 est une année importante pour le vieux bandit du rock'n'roll, c'est l'année où il rencontre les Demolition Dolls Rod et Mick Collins, l'ex Gories qui vient de fonder les Dirt Bombs et qui va produire l'album qui propulse Williams à nouveau dans l'arène. Silky est un drôle d'objet : la voix grave, éraillée de Williams et les guitares en furie sur des rythmes lourds avec des moments de pure folie où les hurlements de chat en chaleur de Mr. Rythmn renouvellent ce qu'on a pu appeler le Punk Blues (Jon Spencer Blues Explosion par exemple). Car, il ne faut pas le cacher Williams est un homme à femme ce qu'il affirme d'ailleurs en toute franchise dans "I Wanna Be Your Favorite Pairs Of Pajamas" ou encore plus explicite "Let Me Put It In", "Laisse-moi la mettre dedans". Et ça marche, la critique applaudit et le public suit.

 

Toujours la même année (1998), il enregistre l'album Red Dirt avec les Sadies, un album Country, un vieux rêve de Williams qui élevé par des parents d'un protestantisme strict n'écoutait à la maison que de la Country Music et donc Hank Williams et Patsy Cline.

 

En 2000, c'est la parution du chef d'oeuvre de Williams nouvelle manière, The Black Godfather. Un album pour lequel il s'est assuré la collaboration des Dirt Bombs sur deux titres, des Compulsive Gamblers (ex Oblivions),  des Cheaters Slicks, des Countdowns, du Jon Spencer Blues Explosion, Boss Hog's et même de Steve MacKay, le légendaire saxophoniste des Stooges sur l'album Fun House. Inutile de dire que cet album est de la pure dynamite avec guitares hurleuses, cris et chuchotements graveleux et folie furieuse à tous les étages.

 

2002-2003. Il tourne avec le groupe hollandais Green Hornet puis il retourne à une vision plus classique des choses avec l'album Aphrodisiac en 2006 et Can You Deal With It en 2008 avec Morning 40 Federation.

 

Pour conclure, on ne peut que remercier Miram Lenna et Jon Spencer d'avoir permis le retour de Mr. Rythmn devenu le Black Godfather afin que celui puisse à nouveau chanter des salacités licencieuses aptes à dépuceler un couvent de religieuses après écoute. Car comme il le proclame "i'm a bad motherfucker", "je suis un sale enculé de ta mère".

André Williams et The Demolition Doll Rods : Let me put it in, Pussy Stank, Lee's Palace, Toronto, 1998