Dialectique de l'oiseau surfeur

 

 

Rendons hommage aux phares de la pensée post-moderne ! Enfoncés les Foucault, Deleuze, Guattari, Lyotard, Derrida, Baudrillard, Althusser ! En 1963, les éboueurs (The Trashmen) sortent un single qui comporte un titre qui résume toute la philosophie de l'après-guerre, extrait :

 

 

« Bien, tout le monde a entendu le mot

O-O-O-Oiseau, Oiseau, l'Oiseau, c'est le mot (…)

 

Ah bien, que savez-vous au sujet de l'oiseau ?

Bon, tout le monde parle de l'oiseau !

O-O-O-Oiseau, Oiseau, l'Oiseau, c'est le mot

 

Brrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr Oiseau Surfeur

 

Papa-ooma-mow-mow, papa-ooma-mow-mow
Papa-ooma-mow-mow, papa-ooma-mow-mow
Ooma-mow-mow, papa-ooma-mow-mow »

 

Voilà tout est dit ! Jamais plus la philosophie du 20ème siècle n'atteindra de tels sommets. Mais quel est la genèse de cette œuvre essentielle ? Eh bien tout a commencé lorsque les Trashmen, un groupe de Surf du Minnesota (bien loin des plages californiennes) décide d'adapter un des succès du moment (1963). Il s'agit du « Papa-Oom-Mow-Mow » des Rivingtons qui marche bien en 1962. Tellement bien que les Rivingtons remettent ça avec « Bird Is The Word », copie quasi-conforme du 1er tube. Les Trashmen ne connaissent pas « Bird Is The Word » par les Rivingtons mais ont vu The Sorensen Brothers jouer le titre en public. Ils décident de l'ajouter à leur répertoire le soir même. Pendant le concert, le batteur et chanteur du groupe s'arrête en plein milieu du morceau et improvise le refrain : « Surfin Bird, brrrrrrrrrrrrrrrrrrr, Ah ! ». Le public répond de manière enthousiaste à ce nouveau slogan.

 

Par chance pour les Trashmen, un disc jokey local, Bill Dhiel assiste au concert. Il convainc les Trashmen d'enregistrer « Surfin' Bird ». Ce qui est rapidement fait à Minneapolis. Dhiel fait participer le groupe à une compétition entre groupes (Battle Of The Bands) en vogue à l'époque. Les Trashmen l'emportent haut la main. Dhiel récidive avec une compétition du même type à Chicago et là aussi, bingo ! Dans la foulée, le groupe est signé par Barett Records et le single rapidement mis sur le marché. Il s'en vend 30 000 exemplaires la 1ère semaine et le single ne tarde pas à se classer en 4ème position du hit-parade national.

 

Ce sera l'unique succès de cette ampleur pour les Trashmen (Tony Andreason, guitare et chant, Dal Winslow, guitare et chant, Steve Wahrer, batterie et chant, et Bob Reed à la basse). Ils tenteront bien de rééditer leur exploit avec « Bird Is The Word » mais ils étaient le groupe qui a fait un tube, pas deux. Ils continueront à se produire jusqu'en 1967 puis décideront de s'arrêter car il fallait choisir entre végéter ou s'adapter et se mettre à jouer le rock psychédélique dans l'air du temps.

 

Ils se sont reformés en 1989 à l'occasion d'un concert-hommage à leur batteur décédé, Steve Wahrer puis ont repris la route en 1999, 2007 et 2009. Ils ont joué « Surfin' Bird » en Allemagne, en Hollande, en France, en Italie, en Belgique et en Autriche.

 

« Surfin' Bird » a laissé des traces et le titre a été repris par nombre de groupes. La première reprise connue est celle des Iguanas (1965), groupe où Iggy Pop jouait de la batterie. Puis viennent celles des Ramones (1977), du groupe de Mick Farren, les Deviants (1978). En 1979 paraît la meilleure version de « Surfin' Bird » jamais enregistrée avec celle des Trashmen, la version des Cramps. On peut encore citer une version française d'Au Bonheur Des Dames, « J'aime le beurre » (1988) et des versions commises par Silverchair (1998), Sodom (2001), Sha Na Na.

 

Aux dernières nouvelles, près de neuf millions d'internautes auraient écouté le titre via YouTube. Décidément « L'oiseau, c'est le mot ! ».

The Trashmen : Surfin' Bird

The Cramps : Surfin' Bird