Mitch Ryder And The Detroit Wheels : l'âme soul de bagnole-ville

 

 

Imaginez une combinaison explosive entre Little Richard, James Brown, qui fait le joint avec le rock haute énergie de Detroit, les Stooges, le MC5, Ted Nugent, Bob Seger. Vous imaginez ? Ce n'a pas été qu'un rêve, un concept, un certain Mitch Ryder et ses Detroit Wheels lui ont donné vie entre 1964 et 1968.

 

William Levise Jr plus connu en tant que Mitch Ryder a commencé très tôt à chanter. Dès le début des années 60 sous l'alias de Billy Lee, il sévit dans Tempest, un groupe de collège. A 17 ans, il est déjà assez mature pour enregistrer un single ("That's The Way It's Going To Be/Fool For You") pour le label de Gospel de Detroit, Carrie, en 1962. A cette époque, il est le chanteur principal des Peps, un trio vocal noir,

 

S'il y a quelqu'un à qui l'expression "Blue-eyed Soul" (Soul aux yeux bleus, jouée par des blancs) va comme un gant, c'est bien Mitch Ryder avec sa voix de "hurleur" Rythm & Blues. La rencontre de Levise Jr avec le batteur John Badanjek, le guitariste Jim Mc Carthy, le bassiste Earl Eliott va tout changer. Les quatre hommes recrutent un guitariste rythmique, Joe Kubert. Levise Jr reprend son alias Billy Lee. Et voici Billy Lee & The Rivieras.

 

Dès le milieu de l'été 1964, ils ont un public fanatique du fait de leurs prestations scéniques explosives. Tout cela attire l'attention d'un disc-jockey de Detroit, Bob Prince, qui leur trouve des concerts dans un club/casino au nord de Detroit. Rapidement, le show de Billy Lee et de ses Rivieras éclipse celui des artistes dont ils sont censés faire la 1ère partie. Prince leur fait enregistrer quatre titres qu'il fait écouter à Bob Crewe, producteur du groupe vocal, The Four Seasons.

 

Puis Prince amène Crewe à un show où Billy Lee se produit en première partie du Dave Clark Five, groupe mersey-beat qui marchait bien aux USA à l'époque. Billy Lee & The Rivieras mettent la salle en transe pendant 90 minutes et ne laissent rien à la concurrence. Crewe est conquis.

 

Février 1965, les jeunes gens de Detroit se retrouvent à New York où ils jouent dans les clubs de Greenwich Village pour survivre pendant qu'ils enregistrent leur 1er album. Très vite, ils sont confrontés à un problème de taille : le nom du groupe, The Rivieras, est déjà pris par le groupe californien auteur de l'immortel "California Sun" d'où la nécessité de changer de nom et vite. C'est Crewe qui le  trouve : Mitch Ryder & The Detroit Wheels.

 

Ensuite ? Ensuite c'est deux ans de course folle dans la machine à fabriquer des stars de l'industrie du disque. Cette période leur apporte la reconnaissance, la gloire mais pas la fortune et mène le groupe à se déchirer. Le premier single du groupe n'atteint pas les cimes du hit-parade, ce n'est qu'à la fin 65 que le medley "See See Rider" de Chuck Willis/ "Jenny, Jenny" de Little Richard se classe à la 10ème place des charts avec son mélange épicé de soul et de rock. "Little Latin Lupe lu" achève la démonstration : Mitch Ryder & The Detroit Wheels sont un des meilleurs groupes Soul-Rock du moment.

 

Car Mitch Ryder a toujours payé son du à la Soul Music avec des reprises comme "I'll Go Crazy" de James Brown, "Please, Please, Please" du même Brown, "Walkin' The Dog" de Rufus Thomas, "Shake A Tail Feather" des Five Du-Tones.

 

Mais le groupe ne fait pas dans la copie carbone et est capable d'évoluer. Il le prouve avec des compositions originales telles que "I Like It Like That", morceau lent plein d'émotion ou "Baby Jane" plus orienté rock à la Sir Douglas Quintet. Début 1967, le très dansant "Sock It To Me-Baby" est le dernier succès du groupe à se classer dans le Top 10 malgré le boycott des radios à cause des paroles "sexuelles". Après un dernier single orienté cuivres/soul, "Too Many Fishes In The Sea" & "Three Little Fishes", Crewe qui travaille au corps Mitch Ryder depuis un bon moment parvient à le convaincre d'abandonner son groupe et de tenter une carrière solo de chanteur de variété pour Las Vegas.

 

Crewe l'a rêvé, Crewe l'a fait. Mitch Ryder sort début 1967 l'album "What Now My Love" qui est une catastrophe de variété grandiloquente. Comment peut-on imaginer faire enregistrer du Gilbert Becaud au fan de James Brown qu'est Mitch Ryder ? Le disque est un échec et Mitch rompt les liens avec Crewe. Il s'en va enregistrer un album à Menphis avec Booker T. L'album est un bon disque de Soul ("Raise Your Hand" de Steve Cropper & Eddy floyd, "Direct Me", "Eenie Meenie Minie Moe"). Au dos de la pochette on peut lire ces phrases de Mitch : "Après avoir été violé par l'industrie de la musique qui est le paradis sur terre. New York; Los Angeles" et "Mitch Ryder est la création unique de William Levise Jr". Il ne semble pas que l'expérience Crewe n'ait laissé que des bons souvenirs à Ryder...

 

S'en suivent des problèmes d'aiguilles. Mitch Ryder réapparait avec un nouveau groupe en 1970, Detroit. Et avec un album d'un rock acier tranchant. Ce groupe où Ryder retrouve Badanjek n'a fait qu'un seul album mais un album d'anthologie où figure notamment une version sur-vitaminée du "Rock'n Roll" du Velvet Underground. Lou Reed d'ailleurs restera pantois devant cette reprise et embauchera le guitariste Steve Hunter et le batteur John Badanjek pour l'album live "Rock & Roll Animal" peu après la séparation de Detroit.

 

Après 5 ans d'inactivité et de travail "normal", Mitch Ryder revient dans la lumière des projecteurs avec une autobiographie musicale How I Spent My Vacation suivi de Naked But Not Dead sur son propre label. Mais depuis un album en 1983 sur la maison de disque d'un fan, John Cougar Mellecamp, Never Kick A Sleeping Dog, plus ou peu de nouvelles discographiques de Mitch Ryder qui continue à se produire sur scène. Sa carrière est un exemple, de plus, de ce qu'un management mal avisé et les machinations du show business peuvent faire pour ruiner la carrière d'un artiste de talent qui a été, qui est l'un des plus grands soul man blanc.

 

 

Mitch Ryder And The Detroit Wheels : See See Rider/Jenny Takes A Ride

Mitch Ryder And The Detroit Wheels : Sock It To Me Baby