De jolies choses plutôt sauvages

 

 

On a dit, avec raison, que les Pretty Things étaient aux Rolling Stones ce que les Sex Pistols étaient aux Clash. Plus violents, plus sauvages, plus radicaux. Il est vrai que si les Stones et les Pretty Things puisaient aux mêmes sources, le Blues, le Rythmn'n'Blues, le rock, le traitement que les Pretty Things infligeaient aux titres qu'ils reprenaient était bien moins respectueux des originaux même si les Stones s'en éloignaient aussi. "Nous étions en dehors de la société, alors cette musique - nous y avons juste ajouté du trash metal, de l'urgence. Et nous l'avons joué  sur un tempo qui a fait dire aux figures tutélaires (Alexis Korner,Cyril Davies) du R&B anglais de l'époque "Ah, dégueulasse !". Phil May interview par Richie Unterberger.

 

La saga des Pretty Things débute en 1962 après que Dick Taylor ait décidé de quitter les Rolling Stones. Il envisage un temps de se ranger des voitures mais il se laisse bien vite convaincre par son ami Phil May de reformer un groupe. C'est bientôt chose faite et le nouveau gang prend le nom de Pretty Things d'après un titre de Bo Diddley, "Pretty Thing". Outre May et Taylor, il y a John Stax à la basse, Brian Pendleton à la guitare et Viv Andrews à la batterie vite remplacé par Viv Prince. Viv Prince "le grand prêtre de la folie" selon May est un innovateur qui, toujours selon May, avait un fidèle observateur qui venait à tous les concerts des Pretty Things, un certain Keith Moon.

 

Les Pretty Things se veulent plus rebelles, plus radicaux que les Stones et ils ont les cheveux encore plus longs ce qui, à l'époque, n'est pas une sinécure : "On ne nous servait pas dans les bars. Les hôtels nous refusaient même si on avait largement de quoi payer. C'était un véritable ostracisme." (Phil May, ibid.) Phil May raconte encore qu'à leurs débuts, ils étaient obligés de se battre quasiment tous les jours et il est vrai qu'à l'heure actuelle il est difficile de se représenter ce que cela pouvait être de porter les cheveux longs en 1964/65.

 

Le groupe se fait vite remarquer par Fontana qui cherche des concurrents aux Rolling Stones. Le premier single du groupe "Rosalyn" atteint la 43ème place des charts anglais et le suivant "Don't Bring Me Down" la 10ème. Leur 1er LP The Pretty Things (1965) se classe sixième dans les charts consacrés aux LP.

 

Le deuxième album du groupe, Get The Picture ?, marque déjà une évolution : alors que quasiment tous les titres du 1er LP sont des versions de classiques du rock ou du Rythmn'n'blues ("Roadrunner", Mama Keep Your Big Mouth Shut" de Bo Diddley, "Big Boss Man" de Jimmy Reed, etc.) le deuxième comporte des titres écrits par le gang : "Midnight To Six", "Buzz The Jerk", "You Don't Believe Me", "Get The Picture ?". Il y a aussi un des premiers morceaux jamais enregistré qui traite d'un sujet alors peu connu : "£SD" où les Pretty Things revendiquent l'usage de cet hallucinogène ("Yes, i need, yes i want LSD") ce qui leur vaudra d'être interdits sur les ondes de la BBC.

 

Ce second opus du groupe passe presque complètement inaperçu et, de plus, leur manager de l'époque, Brian Morrison, choisit de ne pas faire de tournée américaine. A tout cela s'ajoute les frasques alcoolisées du groupe et surtout celles de leur batteur, Viv Prince. A tel point qu'en 1966, le groupe est obligé de s'en séparer : "On n'arrivait plus à finir un concert. On l'a viré parce qu'il refusait de jouer dans un pub où l'on ne voulait pas le servir (...) Il avait oublié que la veille, il était venu dans ce pub qu'il avait dévasté avec un groupe de ses amis musiciens." (Phil May, ibid.)

 

Arrivent alors Skip Allan pour remplace Prince à la batterie, John Povey, un multi-instrumentiste en remplacement de Brian Pendleton et le bassiste Wally Allen. C'est cette formation qui enregistre l'album Emotions dont les titres les plus connus sont "Death Of A Socialist", "Progress", "The Sun". Mais la post-production qui ajoute cordes et violons à la musique du groupe provoque l'incompréhension de son public et le disque est un échec. Dépités les Pretty Things signent alors avec EMI.

 

1967, le Flower Power bat son plein. Les Pretty Things sortent le single "Defecting Grey", un single qui annonce l'album à venir S.F Sorrow. Dans les studios d'Abbey Road et sur les instruments des Beatles qui, à l'époque, enregistrent Sergent Pepper Lonely Hearts Club Band, les Pretty Things créent ce qui est considéré comme le premier opéra rock. Mais encore une fois la malchance frappe le groupe, la post-production de l'album prend tellement de temps qu'il sortira 6 mois après le Tommy des Who. Ironiquement (Pete Townshend a reconnu qu'il avait été influencé par S.F Sorrow) les Pretty Things sont accusés de plagiat. Sachez que si vous ne devez écouter qu'un seul disque des Pretty Things, c'est celui là...

 

La suite est plus confuse, Dick Taylor quitte le groupe après l'enregistrement de Parachute (1970). Le groupe se sépare puis se reforme avec le seul Phil May comme rescapé des formations précédentes. Les Pretty Things s'orientent par la suite vers un Hard Rock plutôt bien fait (Silk Torpedo (1974) et Savage Eyes (1975)) mais devant l'insuccès se séparent. Ils se reforment en 1978 dans une formation classique (May, Taylor, Povey, Allen, Allan) puis sortent Cross Talk (1980). A noter un concert diffusé en direct sur internet (1998) avec des invités comme David Gilmour (Pink Floyd) et Arthur Brown où le groupe a joué pour la première fois S.F Sorrow en son entier.

 

Les Pretty Things existent toujours et s'ils passent près de chez vous, ne les ratez pas car même si l'eau a coulé sous les ponts, les Pretty Things en concert, c'est toujours quelque chose à ne pas rater. A bon entendeur...

The Pretty Things live : Honey I Need, Don't Bring Me Down, Big Boss Man + scène d'émeute. 1965 Blokker Festival, Hollande