The Troggs, " Truc sauvage, tu fais chanter mon coeur"

 

Ah, les Troggs ! Tout d'abord leur allure : quatre types en costumes blancs à rayures noires, style bootleggers. Leur nom dérivé des troglodytes, hommes des cavernes, accentue le coté primaire de la chose. Il est vrai que leur rock simple et efficace est en total décalage avec les tendances de la scène anglaise de l'époque qui déjà s'oriente vers le psychédélisme. Il n'empêche que de 1966 à 1968, les Troggs seront l'un des groupes anglais les plus connus ensuite...

 

Wild Thing

 

Tout commence avec une chanson d'un certain Chip Taylor, frère de l'acteur John Voight. Larry Page, manager des Kinks dans les premiers temps, de passage à New York entend la chanson et se dit « tiens, ça serait bien pour les Troggs ». Et il a raison car la chanson c'est « Wild Thing ». Le titre est enregistré par le groupe en une heure avec en face B, l'excellent « Lost Girl ».

 

Le chanteur du groupe, Reg Ball, renommé Reg Presley par le management, est à son boulot où il empile les briques lorsqu'il entend l'animateur d'une radio annoncer : « C'était Wild Things par les Troggs, 44ème place la semaine dernière, 8ème place cette semaine". Reg remballe sa truelle, rend son tablier et part avec le groupe direction Londres.

 

Là, ils doivent patienter trois mois avant qu'une tournée ne soit organisée. C'est un peu comme un rêve pour les quatre prolétaires, le chanteur Reg « Presley » Ball, le guitariste Chris Britton, le bassiste Peter Stapple et le batteur Ronnie Bond. Ils vont vivre le fameux quart d'heure de célébrité wharolien : les fans, les voyages, la scène, rencontrer les Beatles. Mais les Troggs bien qu'ils affectent de ne pas être des intellectuels ne sont néanmoins pas stupides et les talents de compositeurs de Presley et de Britton leur permettent d'inscrire encore plusieurs hits dans le top 50. Citons le lascif « I Can't Control Myself » (interdit par nombre de radios pudibondes) « With A Girl Like You », « Anyway What You Want Me »,« Night Of The Long Grass ».

 

Cependant les Troggs, dès le départ, sont en décalage par rapport à la musique de leur époque. Leur musique est plus proche des Kinks de 1964 que des Yarbirds de 1966 ou plus tard des Small Faces, Pretty Things et Beatles. Ils en sont conscients et en 1968 enregistrent « Love Is All Around », une ballade qui tente d'amorcer un recadrage vers une musique plus élaborée.

 

Mais c'est trop tard bien que le titre sus cité soit un succès (n° 5 en octobre 1967). Ensuite le groupe végète et devant le manque de succès se sépare en 1969. Le batteur, Ronnie Bond, s'essaye à une carrière solo ainsi que Reg Presley et Chris Britton mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ils se reforment avec un nouveau bassiste, reprennent contact avec Larry Page qui a monté sa propre maison de disque et enregistrent en 1975 un album, Troggs, qui est un retour aux origines avec une version de « Good Vibrations » des Beach Boys. Mais les Troggs malgré un succès critique ne parviennent pas à relancer leur carrière.

 

Au début des années 80, le groupe enregistre un album pour le label New Rose, l'excellent Black Bottom, où ils retrouvent la hargne et la concision des années 60. Les fabuleux « Strange Movies » « Black Bottom » et « Bass For My Birthday » auraient mérité mieux que la relative indifférence qui les accueillit à l'époque.

 

Comme certains faisaient de la comédie sans le savoir, les Troggs étaient punks sans le savoir. Le MC5 a repris « I Want You », Iggy Pop les cite comme une une influence ainsi que les Ramones. Les Buzzcocks reprenaient « I Can't Control Myself » en concert. Mais le plus bel hommage est bien celui de Jimi Hendrix en 1967 lors du Festival de Monterey Pop ou à la fin d'une version dantesque de « Wild Thing », il fait bruler sa guitare. D'autres tels le groupe psychédélique Spiritualized (« Aniway What You Want Me) ou Wet Wet Wet (Love Is All Around) ont eu quelque succès avec un titre des Troggs.

 

Reg Presley est toujours en activité et il ne regrette pas un instant de ce qu'il a vécu « J'ai adoré chaque instant où j'ai été dans la musique. Cela grandit avec vous et sur vous. Quand vous écrivez une chanson, c'est comme avoir un enfant. Après quelque années, vous espérez qu'il va grandir. Puis le bébé sort dans le monde. D'autres s'en emparent et vous espérez que ce soit avec quelque succès. C'est arrivé à certaines de mes chansons, ce qui est génial pour un auteur. » (interview).

 

 

The Troggs : Wild Thing

The Troggs : With A girl Like You