Les Qui

 

 

Larsen, feedback, guitares fracassées, batteries détruites, veste drapeau anglais, agression sonore, mods. Ce sont les Who, ceux qui "espéraient mourir avant de devenir vieux", promesse qu'ils n'ont pas réalisée du moins pour Roger Daltrey et Pete Townshend.

 

L'histoire du groupe commence au début des années 60  avec The Confederates, un orchestre de Jazz New Orleans où jouent Pete Townshend (banjo) et John Entwistle (cor).  Un jour, Roger Daltrey rencontre Entwistle qui porte une guitare basse sur son épaule, il lui propose de rejoindre son groupe les Detours. Entwistle ensuite propose à Daltrey de faire venir son comparse Townshend. A cette époque, le groupe joue une musique adaptée aux pubs et salles de concert où il se produit : blues, rythmn'n'blues, country. En 1964, un spectateur se rue sur le batteur, le chasse de son tabouret, prend sa place et détruit la batterie, il s'agit de Keith Moon, il gardera la place. Puis le groupe passe des Detours aux High Numbers et sort sous ce patronyme le single "Zoot Suit", "I'm The Face" qui est du rock Mod sans originalité particulière. C'est aussi la même année que les High Numbers deviennent The Who et que Pete Townshend casse sa guitare accidentellement en la tapant contre le plafond du club londonien Railway Tavern. Fou de rage, il lance l'instrument par terre et le piétine. Un moment, il pense que le public va le siffler mais non, il applaudit, pensant sans doute que cela fait partie du show. Leurs managers, Kit Lambert et Chris Stamp, leur suggèrent alors de continuer lors de prochains shows. C'est en effet un bon gimnick qui va contribuer à populariser les Who qui deviennent rapidement populaire parmi les Mods.

 

Musicalement, les influences du groupe sont variées : elles vont des Beach Boys dont ils reprennent "Barbara Ann", à James Brown en passant par Martha Reeves And The Vandellas (reprise de "Dancing In The Street"), Les Young Rascals (reprise de "Good Lovin"). Ce cocktail donne un rock violent, énergique, avec des vocaux et des chœurs très soignés, sophistiqués.

 

Leur premier single en tant que Who et leur premier succès est "I Can't Explain" (juin 1965), un titre inspiré par les Kinks avec lesquels ils partagent le manager Shel Talmy. Ensuite c'est "Anyway, Anynow, Anywhere". 1965 toujours, leur premier album : My Generation et un premier succès international. Viennent ensuite "Substitute" sur un garçon qui se sent tel un intérimaire en attendant mieux, "I'm A Boy" sur un adolescent habillé en fille. Les Who exploiteront encore cette veine sexuelle sarcastique avec "Mary Ann Whith The Shaky Hand" au sujet d'une fille que tous les gars du voisinage viennent voir car elle a la "main qui soulage".

 

Dans le même ordre d'idée le groupe sort début 1966 l'album A Quick One que Townshend définit comme un mini-opéra. Drôle d'opéra d'ailleurs lorsque l'on sait que "A Quick One While He's Away" a pour thème : "un petit coup pendant qu'il n'est pas là". Puis c'est "Picture Of Lily" et le concept album The Who Sell Out dont tous les morceaux sont reliés par des jingles ou des publicités à la manière de Radio Caroline, la radio pirate qui émet alors au large de la Hollande. Ils participent ensuite au festival de Monterey (1967) et au cours de leur show détruisent leur matériel mais Jimi Hendrix qui a tiré au sort l'ordre de passage dans la soirée se doit de faire encore plus fort car il passe après eux. Tout le monde se rappelle encore de la guitare en feu de l'enfant du Vaudou.

 

1968 est aussi une année bien remplie pour les Who qui participent au Rock'n Roll Circus des Rolling Stones, sortent "Magic Bus" et l'opéra rock Tommy l'année suivante. Ils interpréteront la majeure partie de Tommy lors du festival de Woodstock au cours duquel Townshend chasse à coup de guitare l'activiste Abbie Hoffman qui tentait d'interrompre le concert pour prononcer un discours en faveur de la libération de John Sinclair, le leader du White Panther Party et manager du MC5.

 

En février 1970, c'est Live At Leeds, un album live que l'on peut considérer comme l'un des meilleurs live de l'histoire du rock. C'est un Best Of du group sur scène avec aussi une grande partie de l'opéra rock Tommy. Les quatre mods sont au sommet de leur forme, féroces, excitants, pas de quartier !

 

Décidément préoccupé par cette histoire d'opéra rock, Townshend se lance dans la création de Lifehouse. Le projet restera à l'état de projet mais les bandes enregistrées à l'occasion donneront naissance à Who's Next, un des plus gros succès du groupe auprès des critiques comme du public. C'est l'un des premiers album rock où est expérimenté le moog synthetiser (sur "Baba'O Riley" notamment). Il y a aussi sur cet album le célèbre "Won't Get Fooled Again" où perce la désillusion des années 60, changer la vie, tout ça : "Faites la connaissance du nouveau patron, le même que l'ancien".

 

Who's Next est l'apogée du groupe, les Who produiront ensuite des disques intéressants tels que Quadrophenia (1973), un autre opéra rock sur les rivalités mods/rockers, The Who by numbers (1975). En 1978, c'est le drame, le batteur fou des Who, l'âme du groupe, Keith Moon meurt dans son sommeil d'une overdose d'heminevrin, un médicament prescrit pour les cures anti-alcooliques. Le groupe est amputé et ce n'est pas l'arrivée de l'ex Faces, Small Faces Kenny Jones qui va changer les choses. Avec lui, les Who enregistrent Faces (1981) et It's Hard (1982). Townshend, malgré le succès de "You Better, You Bet" extrait de It's Hard et les bonnes ventes en a assez. Il est miné par l'échec de son mariage à cause de son alcoolisme. Echec qui l'a mené à l'héroïne. Il veut mettre un terme à l'aventure. Les Who entament alors une tournée d'adieu (1983) qui s'avère être un gros succès commercial mais les Who sont bien morts. 

 

Il y aura bien sur des reformations ponctuelles, des albums solos de Townshend, de Daltrey et même un retour en 1999 mais rien à voir avec le groupe sauvage des années 60. Pete Townshend continue à se produire, John Enswistle est mort en 2002 d'une overdose de cocaïne. Les Who ont été et sont toujours un groupe majeur en matière d'influence en tout cas, j'en veux pour preuve les reprises de "My Generation" par cette liste d'artiste qui ressemble à un cadavre exquis surréaliste : Iron Maiden, Green Day, Oasis, Pearl Jam, Patti Smith, Mc Fly, Sweet, Hillary Duff, The Zimmers, Alice Cooper.

The Who : Pictures of Lily