Amour, haine et drogues

 

 

Quel est le groupe qui a influencé les Damned, Television Personnalities, Jesus And Mary Chain, The Stones Roses, Shack, Primal Scream ? Love, le groupe fondé par Arthur Lee.

 

Arthur Lee a commencé très tôt à jouer dans des groupes et à enregistrer. Dès 1963, il est le leader des Lags puis de American Four. Il a aussi produit un single pour la chanteuse Rosa Lee Brooks "My Diary". Pourquoi citer ce single ? Parce qu'un certain Jimi Hendrix y joue les parties de guitare. Un groupe garage The Sons Of Adam a aussi enregistré un titre composé par Lee : "Feathered Fish". Puis Lee a une révélation lors d'un concert des Byrds : c'est cette musique qu'il veut jouer. Aussitôt, il se met en quête de musiciens et il recrute Johnny Echols à la guitare et métis comme lui, Johnny Fleckenstein à la basse et Don Conka à la batterie. Le guitariste Brian Mc Lean, ex roadie des Byrds, les rejoint juste avant que le nom du groupe change de Grass Roots en Love.

 

Très vite, le groupe joue dans les clubs de Los Angeles où il devient vite une attraction populaire. On raconte qu'un certain Jim Morrisson était un spectateur attentif des concerts du groupe. A l'époque, Love vit en communauté dans l'ancien chateau de Bela Lugosi, acteur des années 30 célèbre pour son interprétation de Dracula.

 

Signé par Elektra en 1966, Love se fait remarquer avec un premier single "My Little Red Book", une version du tube de Burt Bacharach. Conka s'en va, Fleckenstein aussi. Ils sont remplacés par Alban "Snoopy" Pfisterer et Ken Forssi (ex Surfaris). Leur premier album sort en mai 66. Parmi les morceaux phares, il y a "Signed D.C" dédié à Don Conka, sérieusement accroché à l'héroïne, "No Matter What You Do", "Can't Explain" et une version de "Hey Joe" qui prédate celle d'Hendrix. Le disque ne se vend pas trop mal.

 

Le second album est précédé par le single "Seven + Seven Is" qui marche assez bien (33ème place dans le hit-parade) malgré ses paroles absconses : "Quand j'étais un gosse, je pensais à l'époque où j'étais un homme / Je suis assis dans une bouteille et j'affirme que c'est dans une cannette / Dans ma chambre isolée, je suis assis, mon esprit dans un cornet de crème glacée / Vous pouvez me jeter si vous voulez car je suis un os et je m'en vais". Euh... Il faut dire qu'à l'époque Arthur Lee avale les acides comme des cachous mais peut-être que la signification profonde de tout cela c'est tout simplement : "Oop-ip-ip oop-ip-ip, yeah!". Ce titre figure sur Da Capo dont la première face est un pur chef d'œuvre. Les influences Byrds se sont dissipées et la musique de Love inclut maintenant des influences jazz et classiques. Arpèges de guitare, envolées lumineuses ("She Comes In Colors", "Orange Skies", "Que Vida"). La face B est occupée par les 19 minutes de "Revelation" qui bien qu'Arthur Lee ait clamé que les Rolling Stones l'ont copié avec "I'm Going Home" est loin d'être aussi convaincant que, justement, les Stones.

 

Forever Changes sort en novembre 1967, cette suite de chansons d'une beauté intemporelle avec guitares sèches, cordes et cuivres est tout sauf une collection de mièvreries. Au contraire c'est le chef d'œuvre du groupe. Paradoxalement, ce disque est le produit d'une époque où les membres de Love se haïssent cordialement. Arthur Lee leur reproche de se prendre pour des stars capricieuses et de jeter l'argent par les fenêtres. L'héroïne abondamment consommée par les musiciens n'arrange pas les choses. Et pourtant, Lee ne produira jamais un meilleur album, peut-être est-ce parce qu'il est persuadé qu'il va mourir dans futur proche ? Toujours est-il qu'il faut absolument posséder ce troisième opus de Love. Coté commercial, le disque est plus populaire en Angleterre qu'aux USA et le groupe est quasiment inconnu sur le continent. Il faut dire que Love est rarement sorti de Los Angeles et encore moins du pays. Ce disque est le dernier du groupe original : trop de poudre blanche. Mais Lee garde le nom et reforme Love avec Jay Donnellan and Gary Rowles aux guitares, Frank Fayad à la  basse, et George Suranovich à la batterie.

 

Cette nouvelle formation a peu à voir avec l'ancienne. Elle enregistre trois albums : Four Sail (1969), Out Here (1969), et False Start (1970) qui comporte un titre avec Jimi Hendrix. Une rumeur, jamais vérifiée, prétend qu'il existe un album entier de Love avec Hendrix, un jour peut-être ? Musicalement ces albums sont plus inégaux que les trois premiers mais Lee retrouve parfois la magie qui a fait de Love un groupe inégalé. L'addiction aux opiacés de Lee fait que le groupe se sépare. Lee réapparait avec Vindicator (1972), un album solo fort fréquentable. Lee reforme encore Love pour le décevant Reel To Real (1974) avec tout de même "Everybody Gotta Live", Lee reformera une nouvelle fois Love pour un disque sur le label New Rose en 1992.

 

La suite est plus triste. Lee passe 6 ans en prison à la suite d'une agression à main armée. Il sort en 2001 et se met à tourner avec le groupe Baby Lemonade. Il va jouer avec eux jusqu'en 2006 et donner des concerts où le groupe joue Forever Changes en entier. Le 3 août 2006, Lee meurt des suites d'une leucémie. Le seul membre encore vivant du groupe est Johnny Echols qui joue maintenant avec Baby Lemonade.

 

"Et c'est ainsi que l'histoire s'achève

Tu le sais si bien

Bon, tu ne devrais pas avoir besoin que je te le dise

C'est la fin, la fin, la fin, la fin

Et...."

Extrait de "Live And Let Live" Forever Changes

Arthur Lee And Love : Seven & Seven Is

Love : August, live au filmore (1970)