Le Mersey Beat

Il était une fois une ville nommée Liverpool arrosée par la rivière Mersey. C'est dans cette « riante » cité portuaire que naquit ce que l'on nomma le rythme du Mersey ou dans la langue originale : le Merseybeat.

 

Mais, dira t'on, pourquoi Liverpool plutôt que Londres ? Eh bien, il faut savoir qu'à la fin des années 50, il devient de plus en plus à la mode de créer un groupe. Ceux-ci sont très souvent issus de la scène déclinante des groupes de Skiffle (cf. les Quarrymen où figuraient John Lennon et Paul Mc Cartney). On trouve ces groupes dans les grands centres urbains anglais tels que Liverpool, Manchester, Birmingham et Londres. C'est particulièrement vrai à Liverpool où l'on a estimé qu'il y avait autour de 350 groupes actifs qui jouaient dans les salles de balles, de concerts et les clubs. Liverpool fût peut être l'unique endroit en Angleterre sur le point d'être à l'origine d'une nouvelle forme de musique. On note une combinaison de solidarité locale, de déclin industriel et social et l'existence d'une nombreuse population irlandaise dont l'influence est perceptible dans la musique Beat. C'est aussi un grand port lié aux Etats Unis ce qui permet un accès plus facile aux disques américains ainsi qu'aux instruments tels que les guitares électriques qui n'étaient pas facilement importables à cause des restrictions douanières. Le résultat, c'est que les groupes Beat sont fortement influencés par des groupes US de l'époque comme Buddy Holly and the Crickets (duquel les Beatles se sont inspirés pour le choix de leur patronyme, criquets, scarabées, vu (?)) et dans une moindre mesure par des groupes anglais comme les Shadows.

 

Parmi tous ces groupes, on peut citer les Merseybeat, les Swinging Blue Jeans, Gerry & The Pacemakers, Freddy & The Dreamers, les Searchers, King Size Taylor, Rory Storm & The Hurricanes (dont le batteur est un certain Ringo Starr), The Big Three, les Faron's Flamingo, Ian & The Zodiacs, Sonny Webb & The Cascades et encore beaucoup d'autres (il y a eu près de 500 groupes en activité sur les bords de la rivière Mersey entre 1959 et 1964).

 

On a souvent affirmé que Hambourg, le port allemand, était au moins aussi important que Liverpool dans la carrière du groupe qui a rendu Liverpool célèbre dans le monde entier, les Beatles. Mais quand les Beatles sont arrivés à Hambourg, il n'y avait pas de scène à proprement parler dans cette ville. On ne compte que deux groupes anglais à s'y être produits avant les Beatles : The Jet et Derry & The Seniors. Mais il est vrai que leur passage au Star Club de Hambourg fût leur baptême du feu. Cependant, ils se sont aussi fait les dents dans la féroce compétition qui opposait les groupes Mersey Beat.

 

En dehors de Liverpool, les nombreuses autres scènes locales étaient moins influencées par le rock and roll que par le Blues. On peut y inclure les groupes de Birmingham que l'on a souvent englobé dans le mouvement beat, les plus connus étant le Spencer Davis Group et The Moody Blues. Du coté de Newcastle et également influencés par le Blues, il y avait les Animals, à Belfast, les Them. A Londres enfin, les Yarbirds et les Rolling Stones.

 

Pour conclure, on notera que le succès du Mersey Beat est aussi du à un concours de circonstances : le rock avait de sérieux problèmes aux USA. Buddy Holly, le Big Bopper et Ritchie Valens étaient morts dans un accident d'avion. Little Richard avait cessé d'hurler « Wham, Bam, Thank You Mam » pour se tourner vers la religion. Eddie Cochran était mort dans un accident de taxi à Londres et Gene Vincent qui l'accompagnait sérieusement blessé. Chuck Berry était derrière les barreaux pour détournement de mineure, Elvis était sous l'uniforme en Allemagne et Jerry Lee Lewis, le « killer » était dans une salle passe après que l'on ait découvert qu'il était marié à sa cousine âgée de 13 ans. C'était l'occasion pour les patrons des grandes maisons de disques de tuer dans l'oeuf la musique du diable. Ils lancèrent alors de pâles imitations des rockers déchus ou morts. Ce fût l'époque où sur les ondes américaines, il n'y en avait que pour Pat Boone, Bobby Rydell, Fabian, Ricky Nelson, Dion, Tommy Roe, Frankie Avalon et Bobby Vinton.

 

De l'autre coté de l'Atlantique, les groupes du Mersey Beat créaient leur style propre et, différence essentielle, ces groupes étaient composés d'adolescents qui jouaient pour un public adolescent alors que les stars américaines avaient au moins une décade de plus au compteur.

 

1966, le Mersey Beat, c'est fini, le Blues Boom commence puis viendra l'ère psychédélique et...

 

 

 

The Swinging Blue Jeans : Shake, Rattle And Roll, Good God Miss Moly