Psychedelic Punk, Psyche Punk, Punk Sixities, Garage Bands : au début était Nuggets

 

Au début était Nuggets, lorsque ce double album de titres d'obscurs groupes sixties compilés par le critique rock Lenny Kaye sortit en 1972, il fit l'effet d'une bombe. Non, les sixties ce n'étaient pas que les Beatles, les Stones, les Beach Boys, les Byrds, les Who, Pink Floyd. C'était aussi les innombrables groupes américains qui se formèrent entre 1964 et 1968 dans le dessein d'imiter les groupes anglais de l'époque et, pourquoi pas, de récolter une partie de leur gloire.

 

Paradoxale, cette période l'est car l'on voit des groupes américains imiter des groupes anglais inspirés par le blues et le rock américain. C'est aussi un passage car l'on saute du Surf et du rock bien gentil à un idiome bien plus sauvage et menaçant tel que professé par les Them, les Yarbirds, les Animals, les Pretty Things. Bien sur, il y a aussi ceux qui imitent les Beatles, Herman Hermits et autre groupes plus mélodiques. Mais dans la majorité des cas, c'est la version dure qui est majoritaire.

 

Ces groupes ont de leur temps tout au plus enregistré quelques albums pour les plus connus tels les Seeds, Shadows of Kinght ou 13th Floor Elevators et Electric Prunes mais la plupart des autres n'ont eu qu'un ep ou un single comme titre de gloire. En général, ils ne sont connus que dans leur état d'origine et n'atteignent pratiquement jamais une renommée nationale. Nuggets va révéler l'existence des Remains, du Chocolat Watch Band, des Premiers, Mouse and The Trap, Count Five, des Leaves, Castaway, Michael and The Messengers, Cryan Shames, Blues Magoos, Amboy Dukes, Mojo Men, Third Rail, Nazz, Sagittarius, Magic Mushroom. L'album couvre un spectre assez large qui va de groupes que l'on pourrait qualifier de Bubble Gum à des combos qui jouent une musique plus explosive.

 

Autre point qui a son importance, Lenny Kaye dans les notes de pochette de l'album est le premier à qualifier ces groupes de Punks, un qualificatif qui aura le succès que l'on sait. Les années qui vont suivre la réhabilitation de ces méconnus, inconnus du hit-parade vont voir nombre de groupes majeurs s'inspirer d'eux et reprendre leurs titres. Les compilations qui s'inspirent du travail de Lenny Kaye vont envahir le marché (Back from the grave, Pebbles, Sixites Archives, Boulders, Highs in the mid-sixties, Teenage Shutdown, etc.). On passe de la rareté à la pléthore avec, il faut le dire, pas mal de déchets car malheureusement il n'y a souvent que deux ou trois titres de potables par compilation. Rançon du succès ? Peut-être mais toujours est-il que ces compilations vont donner naissance à toute une scène néo-sixities toujours vivace aujourd'hui. Une scène qui a produit des groupes comme les Plimsouls, les Fuzztones, les Cramps, les Barracudas, les Imnates, des groupes qui dans le meilleur des cas ont inventé leur propre expression à partir des canons hérités des années 60 et dans le pire s'archarnent à produire une copie carbone de cet heureux temps. Mais soyons clair : à leur époque ces groupes n'ont été qu'un phénomène ponctuel et à la fin des années 60 la majorité d'entre eux avait soit disparu soit c'était recyclé dans le psychédélisme West Coast ou le Hard Rock et le Country Rock.

 

Il faut cependant remercier Lenny Kaye sans qui tous ces merveilleux et sauvages détraqués auraient irrémédiablement été voués aux poubelles de l'histoire...

 

 

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