Le 13ème étage de l'ascenseur

 

C'est une particularité américaine : il n'y a pas de 13ème étage dans les ascenseurs. C'est pour cela qu'un beau jour de 1966, Rocky Erickson, guitare et chant, Ronnie Leatherman, basse, John Ike Watson, batterie, Stacey Sutherland, guitare et chant, Tommy Hall, cruche électrique, choisissent ce nom pour leur groupe : The 13th Floor Elevators.

 

Il faut mettre à leur crédit d'avoir été les premiers à définir leur musique comme du rock psychédélique et aussi d'avoir sorti le premier album où le terme figure dans le titre : The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators. Il y a aussi un élément supplémentaire dans la musique que joue le groupe et qu'aucun autre n'a jamais utilisé avant ou après eux : la cruche électrique. C'est Tommy Hall qui est préposé à cet étrange instrument qui fait "dougoudou dougoudou dougoudou". On l'entend la première fois sur "You're Gonna Miss Me", le premier single et succès du groupe. C'est Rocky Erickson qui l'a composé avec son groupe précédent, The Spades.

 

Leur premier album a une pochette qui tape immédiatement dans l'œil : sur un fond vert éclatant constellé de touches de couleur le nom du groupe se détache en vert sur fond rouge. Lorsqu'on lit les notes de pochette, on s'aperçoit que ces texans allumés font la promotion des drogues hallucinogènes et du LSD en particulier. Pour Tommy Hall qui est l'auteur des textes, l'homme est aliéné par une connaissance de la réalité purement pratique et matérielle et il doit réorganiser toutes ses connaissances pour accéder à une sorte de pureté mentale. Il peut atteindre celle-ci et accélérer le processus grâce aux drogues psychédéliques. Et le groupe met en pratique ces préceptes ce qui leur vaut quelques ennuis avec la police texane qui perquisitionne l'appartement où ils vivent. Ils sont inculpés de possession de marijuana. Ils se tirent de justesse de ce mauvais pas. Leur musique ? Un rock allumé où les influences rythmn'n'blues sont encore sensibles, un rock profondément original marqué par la voix de Rocky Erickson, les guitares et la cruche électrique. Le premier album comporte quelques gemmes comme "Reverberation", "Rollercoaster", "Fire Engine", "Tried to Hide".

 

Après une tournée à San Francisco, le groupe regagne le Texas mais des tensions se font jour car certains membres du groupe sont passés des drogues psychédéliques aux drogues dures (héroïne, amphétamines). Ils se séparent mais se reforment rapidement sous l'impulsion des trois principaux fondateurs, Rocky Erickson, Stacey Sutherland, Tommy Hall. Ils enregistrent Easter Everywhere, leur second album. Celui-ci s'éloigne des bases garage du premier et est plus expérimental. Il y a encore des titres phare tels que "Slip Inside This House", "Earthquake", "Levitation", "Fire In My Bones". Mais avaler de l'acide tous les jours pendant une longue période, même si ça vous fait léviter, n'est pas sans effets : Erickson devient de plus en plus lunatique, imprévisible et a de plus en plus de mal à assumer les concerts. Pour arranger la situation Rocky et Stacey sont arrêtés en possession de cannabis. Stacey est condamné à plusieurs mois de prison, Rocky pour éviter la prison plaide le dérangement mental et est interné dans un hôpital psychiatrique. Il s'en échappe mais est repris en possession de stupéfiants. On le colle alors dans un hôpital pour fous dangereux où il subit une série d'électrochocs qui le marqueront à vie.

 

C'est la fin du groupe bien que Stacey Sutherland compose presque entièrement le troisième album du groupe Bull Of The Woods qui sort en 1969. C'est l'album le moins réussi du groupe mais il reste tout de même l'esprit du 13th Floor. Il existe aussi un faux album live composé de titres du 1er album et de reprises de classiques du rock ("I'gonna Love You Too" de Buddy Holly par exemple) ponctués de faux applaudissements, pratique courante dans les années 60, voir le "live" des Kinks, Live at Kelvin Hall, ou celui des Stones, Got live if you want it. Par la suite d'autres enregistrements live ou de démos apparaitront comme Fire In My Bones ou Demos Everywhere.

 

En 1973, Rocky Erickson refait surface avec un single sorti en France par Phillipe Garnier du magazine Rock et Folk ("Bermuda", "The Interpreter"). Il forme ensuite un groupe, Rocky Erickson And The Aliens, orienté Hard Rock et science-fiction/horreur : "I Walked With A Zombie", "Night Of The Vampire", "Two Headed Dog".

 

C'est l'album compilé par Lenny Kaye, Nuggets, qui a fait redécouvrir le groupe qui bénéficie toujours à l'heure actuelle d'une aura de précurseur de la musique défoncée pour défoncés sans pour autant être du rock gentiment planant.

The 13th Floor Elevators : Fire Engine