Bagnole ville est en train de cramer

 

 

"Il vous faut 5 minutes, 5 minutes pour décider si vous voulez être le problème ou si vous voulez être la solution". C'est ainsi que Rob Tyner, chanteur du MC5 apostrophe le public qui assiste au concert du groupe avant de se lancer dans le rageur "Kick Out The Jams", un hymne à la subversion car le groupe ne le cache pas, le proclame "Foutons tout en l'air bande d'enculés !".

 

Le groupe est originaire du Michigan, Lincoln Park, dans la banlieue de Detroit, la Motor City. Les fondateurs en sont Wayne Kramer et Fred "Sonic" Smith, tous deux guitaristes. Chacun d'eux alors qu'il a 15, 16 ans est déjà leader d'un groupe, les Vibratones pour Smith et les Bounty Hunters pour Kramer. Mais petit à petit les membres des deux groupes s'en vont pour un vrai travail et seuls les plus déterminés restent. Kramer et Smith décident alors de joindre leurs forces. A l'époque, il y a suffisamment de travail dans les clubs pour qu'un groupe puisse en vivre. Comme Kramer pense qu'ils ont besoin d'un manager, ils se mettent en contact avec un certain Rob Deminer. Ce dernier, plus âgé que les autres est un branché d'extrême-gauche. Il s'avère bientôt qu'il a plus envie de jouer que de manager. Il prend le poste de bassiste qu'il ne garde pas longtemps et l'échange pour celui de chanteur. Sa voix de baryton, sa présence scénique font que le groupe ne regrette pas son choix. Demine change son nom pour adopter celui de Tyner car il est un fan de John Coltrane et de son pianiste Mc Coy Tyner. C'est lui aussi qui invente le nom du groupe à partir du surnom de Detroit, Motor City et du groupe anglais Dave Clark Five qui marche fort à l'époque. 

 

Durant cette période (1965, 66) le groupe n'est pas différent des autres garages bands. Il joue principalement des reprises des Rolling Stones, des hits Tamla Motown, James Brown, Chuck Berry. Très vite, le MC5 aspire à jouer autre chose et ce d'autant plus que Tyner, Smith et Kramer apprécient Ornette Coleman, Albert Ayler, John Coltrane, Archie Sheep, Sonny Sharrock, le Free Jazz autant que les Yarbirds ou les Them.

 

Rapidement, les performances explosives de Wayne Kramer (guitare), Fred "Sonic" Smith (guitare), Michael Davis (basse), Dennis Thompson (batterie) et Rob Tyner (chant) leur permettent de se constituer un public conséquent. Plus de 1000 personnes se déplacent  à chacun de leurs concerts. "Notre show est basé sur la rythmique de James Brown. Il débute à dix heures et demie et ensuite... Dans un mauvais jour, nous sommes grands, dans un bon jour, nous sommes incroyables" (Wayne Kramer Legends of the MC5). Le MC5 ne donne pas un concert. Il interpellle le public et le prend d'assaut.

 

Leur premier single "Bordeline" / "Looking At You" sort en 1968 sur le label Trans-Love-Energies. Le premier pressage est rapidement épuisé et les suivants aussi. Le groupe effectue ensuite une tournée sur la cote est avec Big Brother And The Holding Company puis avec Cream où il s'avère qu'il vaut mieux passer avant qu'après le MC5 car le public ne veut pas les laisser partir. C'est à cette période que le magazine Rolling stone consacre sa une au groupe alors qu'il n'a enregistré aucun album. Le MC5 devient le principal représentant de la scène de Detroit avec les Stooges et Up.

 

Le MC5 est associé durant cette période à John Sinclair et au White Panter Party, un groupuscule d'extrême-gauche d'inspiration maoïste qui se veut le pendant du Black Panter Party d'Elridge Cleaver et Huey P Newton. Le groupe est considéré comme le porte parole du WPP et milite pour la libre consommation de marijuana, de LSD, la révolution et l'amour dans les rues.

 

Le premier album du MC5 est un live enregistré les 30 et 31 octobre au Grand Ballroom de Detroit. A l'époque et même aujourd'hui, c'est exceptionnel car il est extrêmement rare que le premier album d'un groupe soit un live. Sur ce disque figurent "Ramblin Rose" chanté par Wayne Kramer, "Motor City Is Burning" de John Lee Hooker où Tyner fait l'éloge des snipers du Black Panter Party pendant les émeutes de Detroit en 1967. Il y a aussi les classique pré-punks "Rama Lama Fa Fa Fa", "Kick Out The Jams" et "Starship" inspiré par Sun Ra. L'album a la réputation, méritée, d'être l'un des meilleurs albums live jamais publié. Il se vend bien et passe plusieurs semaines dans le Top 100. Mais le groupe n'est pas très content de la censure qu'Elektra, leur maison de disque, a effectué. En effet, au lieu de "Kick Out The Jams, Motherfucker !", on entend "Kick Out The Jams Brother And Sisters", évidemment... De plus, certaines éditions de l'album sont amputées des notes de pochettes incendiaires de John Sinclair.

 

C'est l'époque la plus folle du groupe qui vit en communauté avec les autres membres du White Panter Party. Drogues, sexe, rock'n'roll, c'est bien mais vient un temps où les autorités s'intéressent de près à John Sinclair et l'envoient en prison quelques années pour deux joints d'herbe. Le groupe en a assez de la politique et veut retourner au Rock And Roll. Il fait la rencontre du critique rock John Landau qui les fait signer avec le label Atlantic. Le MC5 enregistre son second album Back In The USA (1970). Mais même s'il est aujourd'hui regardé comme un  petit bijou de rock affuté et cinglant ("Back In The USA" de Chuck Berry, "American Ruse", "Shakin' Street", Tutti Frutti" de Little Richard), il tombe à plat après la démesure sonique du 1er album. La faute en reviendrait, selon les membres du groupe, à la production de John Landau, un Landau plein de bonnes intentions mais inexpérimenté en matière de production. Les ventes sont médiocres et les tournées du groupe marchent moins bien. Trop de concerts, trop de drogues.

 

Le troisième et dernier album, High Time, parait en 1971. C'est l'album dont le groupe se dit le plus satisfait mais c'est aussi celui qui se vend le plus mal. Pourtant c'est celui qui obtient les meilleures critiques, comme quoi... C'est un album plus expérimental où le groupe fait montre de ses influences avec des titres comme "Sister Ann", "Future/Now" et "Skunk" influencé par Sun Ra. Devant la faiblesse des ventes, Atlantic vire le groupe. Le désarroi gagne le MC5 qui désormais se retrouve à jouer devant quelques dizaines de fans alors qu'il en réunissait plus de mille à leur grande époque. C'est la dissolution début 1973.

 

Fred Sonic Smith créee ensuite le Sonic Rendez-Vous Band puis se marie à Patti Smith. Il est mort en 1994. Wayne Kramer passe par la case prison pour trafic de cocaïne où il retrouve le bassiste Michael Davis incarcéré pour usage d'héroïne. Depuis le début des années 90, il est revenu à la musique et a publié plusieurs albums bien accueillis. Rob Tyner est devenu producteur. Il est décédé en 1991. Un concert à sa mémoire en 1992 fût le premier concert du groupe depuis 20 ans. Les années 2000 ont vu diverses reformations du groupe dont une qui devait valoir son pesant de larsens avec Lemmy Killminster (Motörhead), Ian Ashbury (The Cult), Dave Vanian (Damned) au chant, Nick Andersson (Hellacopters) à la guitare avec les survivants Kramer, Thompson et Davis. Ce dernier a rejoint les Lords Of Altamont en 2007.

 

Pour conclure une citation de Ted Nugent "Nous avons vu le MC5 au Grand Ballroom et ça nous a ouvert les yeux. Je ne peux pas décrire avec des mots la puissance de ce groupe sur scène. De les voir nous a fait comprendre qu'il fallait jouer mieux, plus dur que n'importe quel groupe de la scène".

MC5 : Ramblin' Rose

MC5 : Kick Out The Jams