Trop, trop vite ?

 

 

C'est la question que l'on peut se poser au sujet des Remains. Un groupe originaire de Boston qui avait tout pour réussir : présence scénique, morceaux accrocheurs, musiciens plus que compétents, public fidèle. Qui avait tout pour réussir mais se désintégra en plein vol.

 

Tout commence en 1964 avec la rencontre à l'université de Boston de Barry Tashian, guitariste et chanteur avec le batteur Chip Damiani et le guitariste Vern Miller. Tashian n'est pas un bleu, il a joué à la fin des 50's avec un orchestre du Connecticut, les Ramblers qui est apparu dans l'émission de TV American Bandstand. Le trio commence par jouer dans les fêtes étudiantes : "On jouait pour presque rien" raconte Miller, "et toute la bière qu'on pouvait boire", "c'était assourdissant, éraillé, sauvage et marrant" .

 

C'est à l'occasion d'un voyage en Europe et à Londres en Particulier que Tashian découvre les Rolling Stones, les Yardbirds et les Kinks, ce qui ne sera pas sans conséquences. Fin 64, ils sont rejoints par le pianiste Bill Briggs. Reste à trouver un nom. C'est une étudiante qui propose Les Remains. Adopté ! Puis ils reprennent leurs concerts où ils continuent de jouer à plein volume un rock qui est tout sauf gentillet. Ils sont remarqués par un agent d'Epic, Don Law Jr qui les invite à passer une audition. Ça marche.

 

Tout va très vite, le groupe passe des surprises parties aux scènes des collèges puis aux Universités comme à celle du Massachusetts où ils jouent devant 4000 personnes en première partie de Bo Diddley et des Shirelles. Le critique rock John Landau (celui qui a "découvert" Bruce Springsteen) raconte : "le volume auquel ils jouaient était au delà de l'imaginable (pour l'époque). Tashian sautait en l'air, Miller arpentait la scène tandis que Damiani et Briggs frappaient leurs instruments comme pour les vaincre. Des cris s'élèvent pour leur demander de baisser le son. "Hey" répond Tashian avec un sourire, "c'est notre volume"." Mais même s'ils jouent fort les Remains tiennent à avoir le meilleur son possible et investissent tous leurs bénéfices dans la sono.

 

Lors de l'enregistrement de leur premier single, il se produit ce qui est arrivé à bien d'autres groupes : personne ne sait comment capter leur énergie. Ce 45 T "Why Do I Cry" / "My Babe" ne marche pas trop mal du coté de Boston. Le second "I Can't Get Away From You" / "My Babe" connait le même sort. Mais la situation s'améliore et les voila invités à l'Ed Sullivan Show et à Hullabaloo, émissions de variété US d'audience nationale. 1966 est leur année, ils sortent leur 3ème single "Diddy Wah Diddy", "Once Before" qui malheureusement ne marche pas très fort mais, cela compense, il leur est proposé de faire la première partie de la tournée américaine des Beatles. Formidable non ?

 

Eh bien, pas tant que ça car c'est à la fois le point d'orgue de la carrière du groupe et le début de la fin. En effet, le batteur Chip Damiani ne veut pas quitter Boston. Pour honorer le contrat, N. D. Smart II est engagé (on le retrouvera plus tard dans Mountain). Juste avant la tournée, le groupe enregistre son dernier et meilleur single "Don't Look Back". Puis c'est la tournée. Les journaux parlent d'eux comme "le meilleur groupe de lever de rideau qu'on ait jamais vu". Et alors que tout va pour le mieux, Tashian décide de dissoudre le groupe "je pensais que c'était une bonne idée à l'époque". De fait, il semble bien que la tournée avec les Beatles leur soit montée à la tête et qu'ils aient pensé être suffisamment talentueux pour tenter leur chance séparément. Résultat des courses aucun d'entre eux hormis Tashian (avec Emmylou Harris) et N.D. Smart II n'a poursuivi une carrière musicale conséquente.

 

Mais heureusement diverses compilations sixties et des rééditions des démos enregistrées (A Session with The Remains publié par Sundazed) pour Capitol en 1966 ont permis d'entretenir le culte. Eva Records en France a aussi publié, dans les 80's, deux albums : Remains live In Boston et Diddy Wah Diddy The Remains (l'album studio enregistré chez Epic). Le groupe s'est réuni dans les 90's pour un concert au Cave Stomp de New York, pour un autre concert à Las Vegas et une tournée européenne en 2006. Un album du groupe reformé a été publié en 2003, Movin' On.

 

Trop, trop vite, la tête qui enfle. Explosion. Chute. Telle est l'histoire des Remains, un groupe qui aurait pu laisser autre chose qu'une note en bas de page dans l'histoire du rock.

The Remains : Diddy Wah Diddy

The Remains : Don't Look Back