Les Sonics, psychotiques à force d'avaler de la strychnine !

 

Certains aiment l'eau

Certains aiment le vin

Moi ce que j'aime

C'est le goût de la vraie strychnine

 

Vous pouvez penser que c'est drôle

Mais j'aime ce truc

Car une fois que vous l'avez essayé

Vous ne pouvez plus vous en passer

 

Le vin est rouge

Le poison est bleu

La strychnine est bonne

Pour ce qu'elle vous fait

 

Si vous avez compris de quoi je parle

Vous essayerez la strychnine un de ces jours

Ca vous fait sauter, ça vous fait hurler

Ca vous défonce complètement

 

Strychnine, hey, hey

 

Strychnine, The Sonics

 

De la pure poésie, non ? Cet hommage à un excitant redoutable, la strychnine est l'œuvre des Sonics. Un groupe qui était punk bien avant que le mot ne soit employé. Un groupe pour qui hurlements et son saturé étaient le mode d'expression.

 

Les Sonics sont originaires du nord ouest des USA, de la région de Seattle. Une région avec une scène rock fort active au début des années 60 avec des groupes comme les Wailers, Paul Revere & The Raiders, les Frantics, les Kingsmen (qui firent un carton mondial avec leur version de la chanson de Richard Berry, "Louie, Louie"), Don & The Goodtimes . On peut qualifier le son de ces groupes de sauvage car ils mêlent des influences surf et rythm'n blues avec un très net penchant à se prendre pour les fils illégitimes de Little Richard.

 

C'est aussi le cas des Sonics qui vont pousser cette logique encore plus loin et produire un musique inédite pour l'époque : batterie qui martèle en fond, guitare saturée, saxophone au bord de l'explosion et par dessus tout cela, la voix énervée et les hurlements de Gerry Roslie que l'on pourrait définir comme un Little Richard sous amphétamines. Pour l'époque (1965), c'est révolutionnaire ! Leur premier album Here Are The Sonics est composé de standards du rock et d'originaux dont "The Witch", "Psycho", "Boss Hoss", "Have Love Will Travel" et le mythique "Strychnine". Un album à se procurer absolument, à voler si vous ne pouvez pas vous le payer !

 

Leur deuxième album, The Sonic Boom (1966), est du même tonneau, style pied au plancher et advienne que pourra. On raconte que le groupe (Gerry Roslie chant et piano, Bob Bennet, batterie, Andy Parypa, basse, Larry Parypa, guitare et Rob Lind, saxophone.) dans le souci d'avoir un son live avait détruit le plafond du studio où il enregistrait son 1er LP. Ce disque comporte moins d'originaux que le premier mais il y a tout de même le fabuleux "He's Waiting", le frénétique "Cinderella", et une version du feu de dieu de "Louie, Louie". Le groupe avoue aimer les Kinks, le Dave Clark Five, Elvis Presley, Jerry Lee Lewis. Le reste ? C'est de la merde !

Au sujet de "Cinderella", Gerry Roslie explique "Ce que je voulais faire avec Cinderella, c'est un croisement entre Little Richard et Tina Turner. Ouais, avec un peu de guitare à la Kinks aussi.", et c'est exactement ça.

 

Les deux albums marchent bien et le groupe enchaine les tournées en première partie des Beach Boys, de Ray Stevens, des Byrds. Etiquette, le label régional qui a édité les deux premiers albums du groupe est approché par plusieurs majors. C'est Jerden qui est choisie. Le troisième disque Introducing The Sonics ou Maintaining My Cool, selon les versions, est une déception car le son des Sonics s'est civilisé pour atteindre le grand public, perdant ainsi tout ce qui faisait son originalité. Le groupe est déçu, certains membres s'en vont. Ceux qui restent essayent maladroitement de s'arrimer au rock psychédélique. On peut citer une reformation des Sonics en 1980 pour un album qui ne retrouve pas la sauvagerie réjouissante des 60's.

 

Pour ma part, ce sont les Cramps et leur reprise de "Strychnine" sur leur 1er album qui m'ont fait découvrir les Sonics et je dois admettre que j'ai été soufflé d'entendre cette musique qui, à son époque, avait une bonne vingtaine d'années d'avance sur la concurrence. Je n'ai pas été le seul car les Cramps, les Fuzztones, les Nomads, les Dead Boys, The Fall, les Withe Stripes, les Eagles Of Death Metal, Jello Biafra des Dead Kennedys ont repris un titre des Sonics ou ont été influencés par les fous furieux de Seattle.

 

The Sonics : Strychnine

The Sonics : Boss Hoss