Parfois les braves types ne s'habillent pas en blanc

 


Même s'ils ne s'en sont jamais préoccupés, les Standells sont répertoriés dans la plupart des livres qui traitent de l'histoire du rock comme les Parrains du Punk Rock.  C'est peut-être en raison de leur apparence ou de leur son bouillant. Peut-être aussi à cause du thème majeur de leurs chansons : nous contre eux. Peu importe, ils ont depuis longtemps appris à vivre avec.

The Standells sont créés en 1962 par des musiciens de Los Angeles Larry Tamblyn et Tony Valentino. Larry, le frère de Russ Tamblyn (star de West Side Story) est un vétéran du show bizz : Il a déjà  enregistré trois singles solo. Valentino, quant à lui, est originaire de Sicile, avant de déménager à Los Angeles en 1961. Le nom du groupe a été inspiré par les nombreuses heures que les Standells ont passé à faire le pied de grue, en quête d'un engagement dans les agences de recrutement d'artistes (les Standells, ceux qui attendent, vu ?).  Par chance, un agent décide de les tester et ils sont engagés pour trois mois au Club Oasis à Hawaï.

Le groupe se scinde alors et se reforme avec deux nouveaux musiciens, le bassiste Gary Lane et le batteur Gary Leeds.  Au cours des années suivantes, ils jouent dans les clubs à travers la Californie.  Puis ils sont engagés par le PJ's, un club d'Hollywood. Mais avant de pouvoir jouer la première note, le groupe est "prié" de passer chez le coiffeur. En fait, ils ne pouvaient travailler nulle part avec les cheveux longs. Pendant leur séjour au PJ's, Gary Leeds quitte le groupe. Ce qui met les Standells dans une situation délicate parce qu'ils sont sur le point d'enregistrer leur premier album, Standells" Live At PJ's sur le label Liberty. Heureusement, ils recrutent le jeune Dick Dodd qui a déjà lui aussi une expérience certaine du show bizz : il a fait partie des Mousketeers, une série TV produite par Walt Disney.

Jusqu'alors , c'était Tamblyn faisait  la plupart des vocaux. Dodd va prendre la suite et on l'entend sur la plupart des hits du groupe.  Sur l'album Live At PJ's, il interprète "Help Yourself", qui devient un succès local à Los Angeles. Bien qu'ils n'aient pas encore eu d'un succès majeur, le groupe réussit à se créer un public. Ils sont reçu dans le show de Bing Crosby, et apparaissent dans Get Yourself a College Girl, un nanar pour ados.

C'est leur rencontre avec le producteur Ed Cobb qui va tout changer. Ce dernier n'est pas un nouveau venu puisqu'il a fait partie d'un quatuor vocal très propre sur lui, les Four Preps. Cobb leur présente une chanson qu'il a écrite, "Dirty Water". Le groupe n'est pas vraiment convaincu par la chanson, mais accepte de l'enregistrer s'il peut la réarranger. Donc, Tony ajoute le célèbre riff de guitare et  Dick  l'intro du morceau «Je vais vous raconter une histoire au sujet de ma ville», "I'gonna tell you a story...". Larry Tamblyn pour sa part modifie la structure d'accords. Le disque atteint le numéro 11 du palmarès Billboard et numéro 1 des charts World Record.

Aucun de leurs enregistrements ultérieurs n'a aussi bien marché que "Dirty Water". Cependant "Sometimes Good Guy Don't Wear White" et "Why Pick On Me" se sont classés dans le Top 40. Les Standells ont aussi composé le thème du  film Riot On Sunset Strip, où on les voit sur scène jouer "Riot On Sunset Strip", un titre Psyché Punk classique avec orgue, guitare, sirènes de police et Dick Dodd qui joue de la batterie et chante. Dick raconte l'histoire de ces milliers de hippies, freaks, qui ont envahi le Sunset Strip à Los Angeles et qui occupent la rue dont la police tente périodiquement de les chasser avec plus ou moins d'agressivité. Parfois cela tourne à l'émeute. Les années 60 ne sont pas que paix et amour comme voudraient le faire croire les publicités pour vendre du chewing-gum  ou des jeans...

Mais au fil du temps la relation du groupe avec Ed Cobb ressemble de plus en plus à une dictature, ce dernier se permettant même de les remplacer par des musiciens de studio (il a fait de même avec le Chocolat Watch Band). Cobb tente de modifier leur son pour le transformer en Blue-eyed soul (de la Soul Music jouée par des blancs), avec des titres  tels que "Can't Help But Love You" et "Ninety Nine Years And A Half".

 Pendant sa carrière, le groupe a enregistré cinq albums, dont Standells In Person At The PJ's, Dirty Water, Why Pick on Me - Good Guys Sometimes Don't Wear White, The Hot Ones et Try It. Sur ce dernier album figure la chanson du même nom qui a suscité la controverse et a affirmé leur image punk tout en causant leur disparition. «Try It» était un retour au son brut et torride du groupe. Il a été considéré par beaucoup comme come-back du groupe et leur sommet. Toutefois, il a été interdit par la chaîne de radio texane réactionnaire de Gordon McLendon, un chrétien fondamentaliste, qui a considéré les paroles de la chanson comme obscènes (les Standells conseille à une fille de faire l'amour, d'essayer pour voir).  En fait les paroles, en regard des normes actuelles, sont assez anodines, ce qui montre le chemin parcouru.  Même si la chanson marche bien notamment à Los Angeles, la plupart des stations de radio suivent l'exemple de McLendon et refusent de la passer. C'est un échec qui saborde  la carrière du groupe et ses espoirs.


En 1968, leur popularité décline, Gary Lane quitte le groupe lors d'une tournée en Floride et Dick Dodd s'en va aussi pour tenter une carrière solo. Démodés par  l'acid-rock de San Francisco, les Standellls se confinent ensuite au circuit des cabarets. En 1970, ils sont devenus une attraction oldies et ont disparu pour de bon au début des années 70.

On retiendra des Standells qu'ils ont été l'un des meilleurs groupes Psyché Punk des 60's, qu'on leur doit "Barracuda", "Dirty Water", "Sometimes Good Guys Don't Wear White" (où le groupe rétorque à une fille qui n'aime pas leurs cheveux longs qu'elle n'a qu'a se couper les siens en brosse !), et "Try It", ce qui n'est pas rien. Leurs albums comportent chacun deux ou trois titres susceptibles d'achever votre grand-mère intégriste mais guère plus. Il est donc suggéré de se tourner vers une des nombreuses compilations qui comportent au moins les quatre titres cités en début de paragraphe. Remarquons que l'on peut aussi se demander ce qu'il serait advenu si un groupe tel que les Standells avait pu enregistrer ce qu'il désirait et seulement cela. Car dans la majorité des cas, beaucoup de groupes ont du se plier aux dictats de leur management ou de leur maison de disques. Dans certain cas, ils ont réussi à produire tout de même une oeuvre personnelle dans d'autres... Cependant, il faut mettre les choses en contexte. A l'époque, il y avait très peu de groupes capables de sortir un album complet de titres originaux. En ce sens, les Beatles qui avaient sorti un premier album avec la moitié de titres composés par le groupe étaient une exception. La grande majorité sortaient des albums où il y avait au mieux deux ou trois titres qui n'étaient pas des reprises.

 

Depuis le début des années 1990 "Dirty Water" est répertorié dans le Rock & Roll Hall of Fame en tant que l'une des 500 chansons qui ont façonné le Rock & Roll. Ce qui me rappelle la réaction de Ray Davies des Kinks lorsqu'il s'est vu remettre un trophée du style Rock & Roll Hall of Fame "mon dieu, je n'aurai jamais cru que le Rock & Roll deviendrait respectable."

The Standells : Riot On Sunset Strip

The Standelles : Sometimes Good Guys Don't Wear White