Un Rock'n Roll docteur à la coule

 

 

Dans l'argot américain un Dr Feelgood est soit de l'héroïne, soit un toubib marron qui a l'ordonnance d'opiacés facile. C'est aussi une chanson enregistrée en 1962 par Dr Feelgood And The Interns et reprise en 1964 par Johnny Kidd And The Pirates.

 

On est en droit de supposer que c'est Wilko Johnson, admirateur éperdu du guitariste de Johnny Kidd, Mick Green, qui a suggéré ce nom pour le groupe qu'il formait en 1971 du coté de Canvey Island, Essex, Angleterre avec Lee Brilleaux (chant, harmonica), John B. Sparks (basse) et John Martin dit Big Figure (batterie). C'est la combinaison époustouflante de la guitare de Johnson et du chant de Brilleaux qui crée l'identité du groupe et les différencie de la cohorte des groupes pub rock de l'époque. Mais et surtout, c'est leur présence scénique qui fait que Dr Feelgood devient vite une légende. Lee Brilleaux se plante devant le micro et chante, hurle, tel un épileptique, veines du cou gonflées lorsqu'il souffle dans son harmonica. A coté de lui, Wilko Johnson, habillé comme un pasteur anglican défroqué, yeux révulsés, arpente la scène tel un derviche robotisé, pointe sa guitare sur le spectateurs comme si c'était une arme. Ses riffs syncopés se marient à merveille avec la voix chaude et grave de Brillaux. Le répertoire du groupe est constitué d'originaux et de reprises comme par exemple "Riot In Cell Block N° 9" de Leiber-Stoller où Dr Feelgood donne toute sa mesure avec la guitare-mitrailleuse de Johnson.

 

Coté vinyle, la formation originale (avec Wilko) a enregistré quatre albums. Le 1er Down By The Jetty (1975) est doté d'une pochette en noir et blanc et est enregistré en mono. La photo montre les membres du groupe : ils n'ont rien de pièges à minettes. Ce sont plutôt des piliers de bars prolétaires qui ne doivent pas hésiter à faire le coup de poing si nécessaire. Pas de glamour mais du rock et du bon. Citons "She Does It Right", "Roxette" ou le précité "Riot In Cell Block N°9". Le 2ème album Malpractice (1975) n'est pas mal non plus avec "Back In The Night" et "Going Back Home". Il se classe même dans le hit parade anglais à la 17ème place. Mais c'est le troisième album, le live Stupidity (1976), qui casse la baraque : n° 1 !

 

C'est l'apogée pour Dr Feelgood qui jamais ne montera aussi haut dans les charts. Vient ensuite Sneakin' Suspicion dernier disque du groupe avec Wilko Johnson, un chant du cygne en quelque sorte. Car si le groupe existe toujours à l'heure actuelle sans Lee Brilleaux qui a rejoint son pub préféré au paradis des rockers en 1994, ni Gypsy Mayo ni Johnny Guitare (ex Bishops) qui ont remplacé Wilko ne sont parvenu à le faire oublier. Bon, il y a encore "Milk And Alcohol" (1979) qui reste un excellent single mais ensuite le groupe fait figure d'OVNI à l'époque du punk et de la new wawe et se réfugie dans le purisme rythm'n blues.

 

Dr Feelgood a eu un rôle très important dans l'émergence du punk dans la mesure où il a démontré qu'il n'était pas nécessaire d'être un dieu de la guitare ou un surdoué du chant pour jouer du rock. "Vous n'avez pas besoin d'être un musicien pour jouer du rock'n roll. Il suffit que vous aimiez ça et que vous ayez envie d'en jouer" (Lee Brilleaux). "Quand j'ai quitté Feelgood début 1977, j'ai rencontré un tas de gens - John Lydon, Joe Strummer... Jean Jacques Burnel (Stranglers) partageait un appartement avec moi. Billy Idol dormait sur mon plancher ! Tous m'aimaient bien. Je pense que beaucoup d'entre eux ont attrapé le virus en voyant Feelgood jouer" (Wilko Johnson interview du site Blues In London).

Dr Feelgood : Riot In Cell Block N°9 / I Don't Mind

Dr Feelgood : She Does It Right