Les Canards de Luxe font une dépression nerveuse parce que Daddy a placé la bombe du Rock'n Roll dans leur âme

 

Pas très loin des Frimeurs Flamboyants et du Dr Sens Bien, je place les Ducks Deluxe. Ce ne sont pas des instrumentistes émérites ou des compositeurs exceptionnels mais ils savent vous trousser un rock excitant en moins de temps qu'il ne faut pour descendre une Pelforth au bar du coin.

 

Février 1972, le guitariste Sean Tyla et Martin Belmont, ex roadie de Brinsley Schwartz, à la guitare lui aussi, s'associent avec le bassiste Ken Whaley et le batteur Michael Cousin. Ces derniers ne feront pas de vieux os. Ils sont remplacés par Nick Garvey à la basse et Tim Roper à la batterie. A l'époque, Pink Floyd triomphe avec Dark Side Of The Moon, Led Zeppelin et Deep Purple sont en tête des hit parades. La seule alternative au rock baba ou au rock des stades, c'est le glitter avec Gary Glitter, Slade, les Sweet. Je ne mentionne pas Gentle Giant, Supertramp ou Genesis pour prouver combien il est difficile d'écouter autre chose à l'époque qu'une musique formatée pour la radio et le grand public. C'est dans ce cadre que les Ducks Deluxe entreprennent de jouer du rock, tout simplement. De retrouver l'esprit de Chuck Berry, d'Eddie Cochran, du Dylan de 65, des Flamin' Groovies avec lesquels Nick Garvey a tourné comme roadie.

 

La tâche est rude mais les Ducks Deluxe s'en acquittent avec toute l'ardeur dont ils sont capables. Très vite, ils se font une réputation de groupe de scène excitant avec lequel il faut compter. Avec Dr Feelgood et Eddie And The Hot Rods, ils font partie des groupes qui annoncent le punk à venir. Leur 1er album sort en en 1973. Il comporte leur classique, le killer "Coast To Coast", une furieuse version de "Nervous Breakdown" rendu célèbre par Eddie Cochran. Il y a aussi le blues-rock "Daddy Put The Bomb" dans lequel Tyla explique que c'est son père qui a placé la bombe du rock'n roll dans son âme. "Fireball" est une citation mais pas une copie servile de "Sweet Jane" de Lou Reed. "Don't Mind Rockin Tonite" est un hommage à Chuck Berry. Il y a aussi une imitation de Bob Dylan "West Texas Trucking Board" où Tyla et l'orgue de Bob Andrews font de leur mieux pour recréer le Dylan de 65 avec Al Kooper. L'album se termine avec une version d'"It's All Over Now", une composition de Bobby Womack, qui fût un tube pour les Rolling Stones. Les Ducks ne déméritent pas de leurs glorieux prédécesseurs dans ce périlleux exercice. En tout état de cause, un disque à posséder si vous aimez le rock sans fioritures et qui va droit au but : vous faire danser...

 

Les Ducks Deluxe sont rejoint par l'organiste et bassiste Andy Mc Masters à la suite du 1er album. C'est dans cette formation qu'ils enregistrent Taxi To The Terminal Zone (référence à "Promised Land" de Chuck Berry dont est tiré cet extrait) aux Rockfield Studios de Dave Edmunds en 1975. Ce second album a toujours été critiqué comme étant moins bon que le premier. Qu'en est-il exactement ? Il semble que l'arrivée de Mc Masters ait apporté au groupe un coté pop. Mais cela n'est guère perceptible hormis sur un titre comme "Loves Melody" composition dudit Mc Masters. "Cherry Pie" qui débute l'album est un boogie dans la tradition stonienne avec d'excellentes parties de guitare de Mrs Tyla et Belmont. "It Don't Matter Tonight" qui suit, chanté par Tyla, fait référence à la triologie sex, drugs, rock'n'roll. "Loves Melody" est un tube en puissance, normal c'est Mc Master futur auteur du tube "Airport" qui l'a composé. Trois des Ducks ont travaillé pour les Groovies, il est donc normal de retrouver sur l'album une version de leur classique "Teenage Head", une version à la hauteur de l'original ce qui n'est pas rien ! Le reste, hormis le boogie "Paris 9" et "Rio Grande" avec la pedal steel guitare de Dave Edmunds et les vocaux dylanesques de Tyla, est plutôt anecdotique. Il n'empêche, Taxi To The Terminal Zone vaut largement l'écoute pour les 6 titres précités.

 

Le groupe passe le reste de l'année sur la route en première partie de Lou Reed en France (où ils font la connaissance de Marc Zermatti qui produira le EP Jumpin' en 1975 sur Skydog Records), en Allemagne, Suède et Hollande. Nick Garvey et Andy Mc Master quittent le groupe pour former les Motors. A la fin de 1975, le groupe se sépare et donne un concert d'adieu au 100 club avec Lee Brillaux de Dr Feelgood et Brinsley Schwartz en invités d'honneur.

 

Les Ducks Deluxe n'ont eu, comme on dit poliment, qu'un succès d'estime mais ses musiciens sont devenus célèbres. Tyla a formé le Tyla Gang puis a continué en solo. Belmont et Brinsley Schwarz se sont illustrés au sein de la Rumour de Graham Parker. Le groupe s'est reformé en 2007, Tyla et Belmont ont perdu leurs cheveux et grossi mais coté rock, ça assure toujours autant.

 

Comme le dit Martin Belmont à l'occasion de la réédition des deux premiers albums des Ducks en 2001 "Lorsque j'écoute ce cd, je suis plaisamment surpris de constater la qualité des morceaux presque trente ans plus tard. Quand nous sommes proches de nos racines rock'n roll, vous pouvez presque entendre la vague punk qui va dévaler  deux ans plus tard."

Ducks Deluxe : Coast To Coast