Une sainteté à l'odeur de souffre au pays des kangourous

 

"Comme un serpent qui appelle au téléphone

Je n'ai pas le temps d'être seul

Il y a quelque chose qui revient sans cesse

Chérie, je pense que je vais perdre la tête

Parce que je suis planté là, tout seul

Planté loin de chez moi

Je voyage sur le train de minuit

Et tous les gens sont pareils

Lumière de banlieue, sale réflection

Je suis perdu, je ne sais plus où je suis

Je suis planté là, tout seul..."

Extraits d'(I'm) Stranded,The Saints

 

(I'm) Stranded est le single punk par excellence : vocaux menaçants, guitare tronçonneuse, section rythmique sous methédrine. Comme le dit Bob Geldof "Le rock dans les années 70 a été changé par trois groupes - les Sex Pistols, les Ramones et les Saints".

 

Les Saints se forment à Brisbane, Australie, en 1974. Chris Bailey (vocaux), Ed Kuepper (guitare) et Ivor Hay (batterie) se sont rencontrés dans la cour de l'école. Ils sont influencés par le rock des 50's (Elvis Presley, Little Richard) des 60's (les Stooges, le MC5) ce qui dans un pays où règne en maître à l'époque le rock progressif à la Yes, Genesis, Pink Floyd est une sacrée gageure. En 1976 avec le bassiste Kim Bradshaw qui les a rejoint ils enregistrent à compte d'auteur et distribuent eux-mêmes leur premier single (I'm) Stranded. Ils en envoient quelques exemplaires en Angleterre secouée alors par la tornade Punk. Et ça fait tilt ! L'hebdomadaire Sounds proclame (I'm) Stranded single de la semaine présente et des semaines à venir. La chronique attire l'intérêt d'EMI qui signe le groupe pour trois albums et les fait venir en Angleterre où ils enregistrent leur 1er album en février 1977, (I'm) Stranded.

 

Mais bien vite des divergences apparaissent. EMI veut vendre les Saints comme un groupe punk avec cheveux hirsutes et chemises déchirées. Il n'en est pas question pour Bailey et Kuepper qui n'ont rien à voir avec les punks anglais et dont les influences musicales sont beaucoup plus diversifiées. En concert par exemple, ils jouent le "River Deep Mountain High" d'Ike and Tina Turner version Saints. Leur second album Eternally Yours comprend des titres avec des cuivres (hérésie !). Ce qui n'empêche pas "This Perfect Day" extrait de cet album d'atteindre la 34ème place des charts britanniques mais EMI ne suit pas. Un titre de l'album "Private Affair" montre bien la frustration du groupe à l'égard de la mode punk :

"Maintenant, tu pense être le premier à être à la mode

Nouveaux uniformes, nous sommes tous pareils

Une nouvelle vague, une nouvelle génération

De nouveaux bénéfices, le même bon vieux jeux"

 

Tout est dit, n'est-ce pas ? Le troisième album des Saints originaux s'éloigne encore plus du punk rock violent et saturé du 1er album. Ce disque, Prehistoric Sounds, fait encore appel aux cuivres et l'ambiance générale est plutôt sombre. On y trouve même une reprise du "Security" d'Otis Reding. Brisbane Security City...

 

La frustration et la pression éloignent de plus en plus Bailey et Kuepper. Le groupe se sépare, Kuepper s'en va former les Laughing Clowns tandis que Bailey reforme les Saints autour de sa seule personne. Les formations varieront au fil des ans. On peut retenir que Bailey a enregistré d'excellents albums tels que Dubin Tonight, Paralytic Tomorrow (1980), The Monkey Puzzle (1981), A Little Madness To Be Free (1984) avec le tube "Ghost Ships", All Fools Day (1987).

 

Cependant les Saints, c'est-à-dire Bailey et Kuepper se sont reformés à l'occasion de concerts en 2007 et 2009, preuve que le meilleur de leur carrière a été la période où ils officiaient ensemble en tant que Saints du Rock and Roll australien.

 

The Saints : (I'm) Stranded