Les 5 Gentlemen : Cara-Lin (The Strangeloves)

Les rockers français

 

Le rock fût et est un mouvement international. La France est un cas particulier pour plusieurs raisons :

- même s'il a existé très tôt historiquement parlant, il n'a percé qu'à la fin des années 70

- ses tenants se sont empoignés pendant de longues années pour savoir si chanter en français était une atteinte à l'esprit rock

- l'existence du service militaire obligatoire a sabordé la carrière de nombreux groupes

- de nombreux groupes et artistes ont du choisir entre la reconversion dans la variété ou l'abandon

 

Les années 50

 

Pas grand chose à signaler sinon le 1er 45 t rock français (1956) signé d'un certain Mac Kac (le batteur de jazz Baptiste Reilles) qui comporte "Et là bas ?" / "J'en ai assez "/ "T'es pas tombé sur la tête" (See you later alligator de Bill Haley). Il y a aussi le 45 t parodique d'Henri Salvador (1956) et celui de Daniel Gérard (1958) et c'est tout.

 

Les années 60

 

Tout commence en 1960 avec le succès de Johnny Halliday "Souvenirs, souvenirs" qui convainc les maisons de disques qu'il y a de l'argent à faire avec le rock. Dans le même temps qu'en Angleterre sans que forcément les phénomènes soient liés apparait une myriade de groupe que l'on classe dans la catégorie Yé-Yé. C'est le cas des Chats Sauvages de Nice avec Dick Rivers, des Chaussettes Noires avec Claude Moine alias Eddy Mitchell mais aussi des Fantômes, des Missiles, Danny Boy (Daniel Gérard) et ses pénitents (affublés de costumes styles Klux Klux Klan), d'El Toro et les cyclones (le 1er groupe de Jacques Dutronc), d'Hector et ses Médiators (auteur du mythique "T'es pas du quartier"),  des Pirates, des Vautours, de Vince Taylor (cuir noir et chaînes). La grande majorité de ces groupes a disparu au milieu des années soixante. Dans la plupart des cas, une technique instrumentale limitée et des talents de compositeurs peu développés les condamnent à reprendre les tubes anglo-saxons dans des traductions approximatives et dans des versions inférieures aux originaux. Mais et surtout, ils n'ont pas le temps de murir car, bien souvent, le service militaire réquisitionne un ou plusieurs membres ce qui aboutit à la séparation du groupe. Pourtant, on peut penser qu'une scène française équivalente au Mersey Beat aurait pu émerger mais...

En 1965, il reste tout de même des représentants fort honorables du rock français tels Ronnie Bird, Vigon, Noël Deschamps. Ah ! J'allais oublier les 5 Gentlemen, un groupe corse basé à Marseille qui a eu un certain succès avec "Dis nous Dylan" en 1965 (un des membres du groupe est un certain Claude Olmos, guitariste de studio réputé qui joua avec Magama). Mais dans la plupart des cas ce sont des chanteurs de variétés qui sont les représentants du Freak Beat à la française, les Dutronc, Nino Ferrer, Halliday, Mitchell, Antoine, avec et sans les Problèmes qui deviendront les Charlots. On peut aussi citer pour l'anecdote les Witackers, les Senders, Les Masters, les Bowlers, les Sparks et d'autres qui ont sorti un ou deux 45t. Il faut attendre la fin des années 60 pour voir apparaître une scène française avec des groupes comme Martin Circus, Zoo, Triangle, Alan Jack Civilisation. Mais bien vite la survie reprend ses droits et un groupe comme Martin Circus devient un orchestre de variété, Joël Daydé, le chanteur de Zoo se tourne aussi vers la variété.

 

Les années 70

 

On peut classer les années 70 en deux périodes : avant le Punk, après le Punk. Avant le Punk, il existe des groupes dans la mouvance de mai 68 comme Komitern, Red Noise, Barricades, Potemkine, Majhun, Crouille Marteaux qui pratiquent un rock engagé mâtiné de Free Jazz. Il y a aussi les représentants du rock progressif et planant comme Ange, Art Zoyd, Catharsis, Lard Free, Magma, et ceux qui pratiquent un rock plus classique comme Triangle ou les Variations (un des rares groupes de l'époque à avoir plusieurs albums à son actif mais est qui est sous le feu de la critique pour manque d'originalité). Déjà à l'époque une polémique un  peu vaine fait rage : faut-il chanter le rock en anglais ou en français. Il y a ceux qui pensent que le rock est une culture anglo-saxonne et que l'adapter serait la trahir et ceux qui affirment qu'on peut et on doit  mettre le rock à la portée de ceux qui ne comprennent pas la langue de Shakespeare. Depuis le débat a perdu de son intérêt et les groupes français chantent indifféremment en anglais ou en français sans que personne ne s'en offusque.

 

Arrive le Punk et tout change. Le Punk a eu le grand mérite de briser les barrières. Ainsi on voit les punks parisiens de Stinky Toys faire la première partie des Sex Pistols en Angleterre. La période projette sur le devant de la scène Bijou, Starshooter, Asphalt Jungle, Metal Urbain, Trust, Ganafoul, Guilty Razors, Dogs, Olivenstein, Little Bob Story et Téléphone. Cette période est cruciale car elle permet au rock français de se forger une crédibilité tant nationale qu'internationale. Aujourd'hui encore on trouve sur certains sites de la scène blog musicale des albums des Dogs au même rang que ceux de groupes anglais ou américains. Auparavant le rock français était tout au plus considéré comme une bizarrerie sympathique (ah bon, les français font du rock ?). A signaler aussi l'activisme de journaux comme Libération, Rock et Folk, Best et Actuel, de Marc Zermati (Skydog Records), de Patrick Eudeline, Yves Adrien, Alain Pacadis, Phillipe Manoeuvre, Phillipe Garnier, qui ont œuvré à cette reconnaissance  bien au delà du succès d'un Téléphone ou d'un Trust.

Les Dogs : Shout

Les Variations : Whole Lotta Shakin' Goin On