Un vrai bijou de rock affuté ou l'histoire des hommes en noir

 

 

De la rencontre de Phillipe Dauga et Vincent Palmer en 1966 à la terrasse d'un café de Savigny sur Orge, dans la banlieue parisienne au dernier disque de Bijou en 1983, il y a une histoire à raconter, une histoire qui est aussi celle du rock français.

 

Les débuts sont difficiles pour les deux musiciens qui ont créé début 70"s plusieurs groupes dont Pura vida qui joue un rock inspiré par Dr Feelgood, le J Geils Band et Dave Edmunds. C'est la rencontre avec Jean-William Thoury journaliste à Best qui va tout changer. Celui-ci accepte d'une part de leur écrire les paroles de leurs chansons et d'autre part devient leur manager. Il leur suggère de recruter des musiciens. Là Dauga et Palmer se souviennent d'un certain Joël Yann alias "Dynamite" avec lequel ils ont déjà joué. Ils engagent aussi un chanteur, Alain Salaün. C'est lui qui donne  l'idée au groupe de prendre comme patronyme Bijou car Salün est surnommé Bijou à cause du feuilleton Thierry La Fronde dans lequel Jean-Claude Drouot n'arrête pas de crier "Hue Bijou" (il parle à son cheval bien sur...).

 

Marc Zermati (Skydog Records) qui les apprécie leur trouve un concert en première partie de Sean Tyla au Havre (il les fera aussi jouer aux festivals punks de Mont de Marsan en 1976 et 1977). Mais il s'avère que Salaün est peu fiable. Décision est prise alors de trouver un autre chanteur. Joe Lebb (ex Variations), Phillipe Villiers (Au Bonheur Des Dames) sont parmi les postulants mais finalement le groupe décide qu'il fera les vocaux lui-même. Par chance l'air du temps leur est favorable. La période est celle du retour du rock simple et dansant avec les Ducks Deluxe, Dr Feelgood, Eddie And The Hot Rods, et Bijou avec ses titres courts, énergiques, mélodiques, et ses costumes et lunettes noires ne fait pas tâche dans le paysage. De plus, pour ne rien gâcher, le groupe et son manager sont des collectionneurs fous, en anglais des vinyl junkies. Cela est vérifiable en regard de leur répertoire qui comporte des reprises des Chaussettes Noires ("Pow Wow", "Il revient"), Jacques Dutronc ("La Fille Du Père Noël), Ronnie Bird ("Tu Ferais Mieux De Filer", "L'amour Nous Rend Fou", ""Je Ne Mens Pas", "Fais Attention" (Nashville Teens) et "Où Va-t-elle ?").

 

Bijou devient rapidement un habitué des clubs rock de la capitale comme "Le Gibus" et le maintenant disparu "Golf Drouot". C'est là qu'ils sont remarqués par Jean-Jacques Timmel, directeur de production chez Phillips. Le groupe est signé et prépare son premier album.

 

Le disque sort en 1977, il s'intitule Danse Avec Moi et c'est une réussite même s'il a été enregistré et mixé en 9 jours.  Ce n'est pas que le groupe ne jure que par le "Live dans le studio" mais nécessité budgétaire fait loi. Comme le disque est principalement constitué de titres que Bijou joue depuis longtemps l'affaire est vite et bien bouclée. Bien parce que l'album est excellent. Quatre titres se détachent de l'ensemble "C'est Un Animal", chanson sulfureuse sur l'amour tarifé, "La Fille Du Père Noël" reprise de Dutronc/Lanzman, "Marie-France" consacré à un ami(e) du groupe avec lequel il enregistrera plus tard (82, 83) un album pour Romance Records, "Ou Va T'elle ?" reprise d'une reprise en français par Ronnie Bird du "Come On Back" des Hollies. L'album reçoit un bon accueil de la presse rock nationale qui voit en eux un groupe enfin capable de rivaliser avec les groupes anglais et américains en terme d'image comme en terme de musique. Ensuite le groupe prend la route et sillonne la France entière. Ça ne l'empêche pas de sortir en novembre 77 le single "Si Tu Dois Partir" version française d'"If You Gotta Go, Go Now" de Bob Dylan déjà francisé par les folkeux de Fairport Convention.

 

Jusque là tout va bien... En 1978, c'est Ok Carole, l'album le plus abouti du groupe. Un album tranchant, rapide, énergique avec de petites vignettes pop provocantes telles que le titre éponyme "Ok Carole", le meurtrier sado-maso "Je Te Tuerai", "Art Majeur" et "Décide Toi" que Thoury manageur et parolier du groupe a composé. Il y a aussi une reprise où, surprise, se mêle aux voix de Palmer, Dauga et Dynamite, celle d'un certain Serge Gainsbourg sur le sublime "Papillons Noirs". Cet hommage au maître fera qu'il composera spécialement pour Bijou "Betty Jane Rose" qui sortira en single en 1978. Par la suite, Gainsbourg montera plusieurs fois sur scène avec le groupe pour entonner l'ode aux "Papillons Noirs".

 

1979, c'est la "Nouvelle Vague" et Bijou a envie de changement. Il ajoute des cuivres et un peu d'orgue Hammond sur son nouveau single "Je Pense A Toi" dont la pochette est dessinée par Serge Clerc de Métal Hurlant. Ensuite, ils s'attaquent aux "Chevaliers Du Ciel" dont ils reprennent le thème pour un single, Tanguy et Laverdure c'est pas très glamour mais bon... Puis c'est l'enregistrement de leur troisième album, Pas Dormir. Et tout a changé : il n'est pas enregistré en France mais aux Studios Larabee dans West Hollywood. Plus de reprises, plus d'instrumentaux et une tentative de s'arrimer à un son plus pop et cela grâce aux frères Mael des Sparks. Leur musique devient moins directe, plus sophistiquée. Le groupe n'est pas très content de cet album mais ce n'est pas le cas de la presse qui l'encense et de la maison de disque qui, enfin, investit sur le groupe. Une tournée suit et un album live aussi sur lequel on retrouve des classiques du groupe ("Danse avec moi", "Vieillir", "Dynarock") ou "Je Ne T'oublierai Jamais" un hommage à Gene Vincent, Vince Taylor, Edith Piaf.

 

Mais cette embellie est aussi le début de la fin car après leur seul succès grand public "Rock A La Radio" (1981) et un dernier album en 1982, Bijou Bop, le groupe se sépare. Thoury s'en va fonder Romance Records puis se recycle dans le journalisme spécialisé pour le magazine Juke Box, Dynamite enregistre un EP solo pour Romance en 1983 puis se recycle dans la décoration d'intérieur. Palmer tente brièvement une carrière solo (single "1,2,3,4") puis pointe comme journaliste à Rock & Folk. Seul Dauga a poursuivi le rêve avec une reformation de Bijou, en 2006, qu'il a baptisée Bijou SVP (Sans Vincent Palmer !).

 

La vie est cruelle si l'on pense que Trust (auteurs du métaphysique "Antisocial") a fait la première partie de Bijou dans les 70's et que l'on se rappelle certainement plus de Trust que de Bijou. Mais il faut rendre grâce à ce groupe d'avoir été l'un de ceux avec Starshooter, Metal Urbain, les Stinky Toys et d'autres qui ont permis au rock français d'être autre chose qu'une aimable plaisanterie pour mangeurs de grenouilles.


Bijou : Je Connais (Ton N° De Téléphone Par Coeur), Danse Avec Moi, Art Majeur

Bijou : Non, pas pour moi, Vieillir