Les chiens sont lâchés

 

Trop de classe pour le voisinage, telle pourrait être l'épitaphe des Dogs, un groupe qui n'a jamais renié ses origines garage punk.

 

Au début des années 70, certains jeunes gens cultivent leur ennui dans les ville du Havre ou de Rouen. D'un coté Little Bob Story, de l'autre les Dogs. Les deux groupes marquent leur préférence pour l'anglais en tant que langage idoine pour le rock. Tous deux se veulent une alternative au rock baba qui triomphe alors. Dominique Ladoubée, fondateur des Dogs, traine ses guêtre du coté de "Mélodies Massacre", une boutique de disques rock tenue par un certain Lionel Hermani. C'est là qu'il s'initie aux Flamin' Groovies, Kim Fowley, Velvet Underground, MC5, Chocolat Watch Band et autres Remains.

 

1973, c'est décidé, on monte un groupe. Ladoubée bat le rappel de ses amis dont Zox à la basse et Paul Pechenart à la guitare. Les Dogs sont nés.

 

1977, Zox et Pechenart sont partis pour Larry Martin Factory. Michel Gross est désormais à la batterie tandis que Huges Urvoy de Portzampac (oui, il s'appelle comme ça) est à la basse. Grâce à "Mélodies Massacre" qui s'improvise distributeur, le groupe enregistre son premier single trois titres dont "19" qui deviendra plus tard le titre d'un fanzine toulousain de grande qualité qui se consacra au rock garage international. Déjà, tout est là, guitares furieuses, rythmique énervée, décharge d'adrénaline. Un maxi Go Where You Want To Go  (avec l'excellent "Teenage Fever) suit le 45 T mais c'est le premier album chez Phillips, Différent, (1979) qui consacre définitivement les Dogs comme groupe favori des esthètes punk et garage français.

 

Sur la pochette, les trois chiens posent avec insolence et fierté. Leur répertoire fait la part belle aux reprises calibrées et aux originaux. Sur scène le groupe fait penser au chainon manquant entre Gene Vincent et les Ramones : l'abandon et l'amour du rock du premier, l'envie de tout bousculer et le speed des seconds. L'album qui suit en 1980, Walking Shadows, est un disque noir, plutôt du coté Stooges, Velvet avec des titres comme "Algomania". Peut-être est-ce pour cela que Phillips vire le groupe ?

 

Toujours est-il que 1981 voit l'arrivée d'un second guitariste, Antoine Masy-Périer qui auparavant a joué avec les Gloires Locales (le groupe des frères Tandy après les Olivenstein) de Rouen et avec les Snipers de la même région. En 1982, c'est Too Much Class For The Neighbourhood, le classique du groupe où figurent "Shakin' With Linda" interprêté auparavant par les Isley Brothers, Mitch Ryder et Ohio Express, le furieux "Death Lane", l'élégant et enlevé "Too Much Class For The Neighbouhood", une version à la Yarbirds de "Train Kept A Rollin'" de Johnny Burnette. Sans oublier des ballades comme "Hesitation". Difficile de prendre les Dogs en défaut du coté références. Bien sur le groupe ne connaitra jamais le succès d'un Téléphone ou d'un Trust mais qui écoute encore Téléphone ou Trust ? Vous ? Pas moi ! Par contre les Dogs sont intemporels car ils ont toujours joué ce qu'ils aimaient sans céder aux modes du jour ou à l'obligation de satisfaire un public de lycéens boutonneux en pleine phase de révolte adolescente.

 

Legendary Lovers qui suit en 1983 est encore à classer dans les réussites du groupe. Y figurent une reprise du "Bird Doggin'" de Gene Vincent, la fusée de "Little Johnny Jet", le rock endiablé d'"I'm Just Losing That Girl", la ballade hantée "Be My Lover". Les albums qui suivent (Shout ! (1984), More More More (1986), A Million Ways Of Killing Time (1989), Three Is A Crowd (1993), 4 Of A Kind  (1998), A Different Kind (1999), Short, Fast And Tight (2001)) ne parviendront pas à égaler la finesse, la beauté et l'énergie des albums du début des 80's. Cependant si vous pouvez vous procurer le single "Mon coeur bat encore / Down At Lulu's" (1984), n'hésitez pas une seconde surtout pour la version du titre d'Ohio Express. Mais qu'importe, un album moyen des Dogs vaut mieux que... Choisissez votre groupe français préféré !

 

En 1989, Antoine quitte le groupe pour former son combo, Tony Truand (il a même enregistré avec les légendaires Fleshtones). L'aventure s'est arrêtée pour Dominique Ladoubée qui comme Molière, meurt sur scène lors d'une tournée américaine en 2002. S'il a jamais existé un équivalent français aux Ducks Deluxe, Imnates, Barracudas, Prisonners, Milkshakes et Fleshtones pour l'attitude, les références et la passion, c'est bien des Dogs qu'il s'agit...

Dogs : Shakin' With Linda

Dogs : Too Much Class For The Neighbourhood

Dogs : Little Johnny Jet