De drôles de poissons

 

L'histoire commence par la rencontre entre Jeremy Gluck, journaliste canadien pigiste au New Musical Express et Robin Wills, guitariste, au "Speakeasy", un club de Londres. Robin Wills entend Gluck mentionner au cours de la conversation le nom d'un groupe psyché-punk célèbre, les Seeds. Il s'immisce dans ladite conversation. Les deux hommes sympathisent et décident de monter un groupe. Pour ce faire, ils recrutent Nick Turner à la batterie et David Buckley à la basse. Ensuite, il faut trouver le nom du groupe, la consultation de la collection de disques de Gluck et Wills leur inspire Barracudas, un titre enregistré par les Standells, groupe garage de Los Angeles auteurs du classique "Dirty water". Quant à la musique selon Gluck, il aurait été décidé de jouer du Surf après un jeu de fléchettes sur une carte musicale des sixties.

Jouer du Surf en pleine vague punk à Londres en 1979, c'est un peu suicidaire et pourtant ça marche ! Leur premier 45 t "I want my woody back" se vend à 5000 exemplaires et leur vaut la couverture de l'hebdomadaire musical Sounds. Ce qui intéresse la maison de disques EMI qui leur signe un contrat.

Leur 1er 45 t "Summer Fun" / "His Last Summer" se place à la 37ème place des charts britanniques. Ils passent même à Top of the Pops. Quart d'heure de gloire.

Mais les choses se gâtent lors de l'enregistrement du 1er album Drop out with the Barracudas (1981) sur la pochette duquel ils posent en dandys sixties en rang sur un escalier. Une face est effectivement inspirée par la Hot Rod Music et le Surf mais la seconde face est nettement Garage avec des titres peu soleil et plage comme "Codeine", "I Saw My Death In A Dream Last Night" (inspiré par "I Had Too Much To Dream Last Night" des Electric Prunes) ou encore "(I Wish It Was) 1965 again" où Gluck énonce les titres sixties qu'il préfére ("Going To A Gogo", "Riot On Sunset Strip", "Dirty Water", "1969").

 

EMI n'apprécie pas ce tour et vire le groupe. C'est le moment que choisissent Buckley et Turner pour rejoindre le super groupe punk du moment de l'ex Dead Boys, Stiv Bators, et de l'ex Damned, Brian James, Lords of the New Church. Gluck et Wills ne se laissent pas abattre et continuent l'aventure avec de Jim Dickson (basse) et Terry Smith (batterie). S'en suivent deux ans de galères ponctués d'enregistrements qui ne sortiront qu'en 1984 (The big gap).

 

Mais une rencontre va tout changer. Les Barracudas font la connaissance de Chris Wilson. Presque une légende à lui tout seul ce Chris Wilson. Il fût membre des Loose Gravel, groupe de Mike Wilhelm, ex Charlatans. Puis en 1972, il remplace Roy Loney en tant que chanteur-guitariste des Flamin Groovies, rôle qu'il tiendra jusqu'en 1979 et l'album Jumpin' in the night.

L'apport de Wilson est évident sur les deux albums qui vont suivre Mean Time (1983) et Endeavour to persevere (1984). Mean time est une réussite. Il ne comprend que des originaux à l'exception d'une version d'"I Ain't No Miracle Worker" des Brogues. On peut citer aussi "Inside Mind" et sa graduelle montée en puissance, le rocker "Shades Of Today", le folk rock de "Be My Friend Again", le garage-punk de "Dead Skin" ou d'"On A Sunday". Un disque qui leur apporte respect et considération ainsi que le suivant (avec une version du feu de dieu du "Barracuda" des Standells) mais en France et Espagne seulement, en Angleterre c'est le Psychobilly qui est à la mode...

 

Gluck veut ensuite infléchir la musique du groupe vers un rock plus dur. Désaccord de Wills et Wilson qui veulent s'orienter un folk-rock à la Byrds. La suite ? Séparation et formation par Gluck de Civilisation Machine avec Nikki Sudden, des Fortunate Sons par Wills. Un album chacun sans plus de succès pour l'un que pour l'autre.

Gluck s'est recyclé dans l'écriture de roman, Wills dans le marketing mais de temps en temps leurs vieux démons viennent les titiller et les Barracudas se reforment le temps d'un album et d'une tournée comme en 1989 et Waiting for everything qui sort en 1991 ou la tournée de 2003 et l'album Barracudas (2005, pas mal du tout avec le retour de Chris Wilson aux guitares).

 

Si vous désirez en savoir plus, les trois premiers albums des Barracudas sont fortement conseillés ainsi que The big gap"sans oublier le disque de 2005.

"- I can't prononce Babararacucudada !

- Just say Ba, ba, ra, ra, cu, cu, da, da, now put it all together ! Baba, rara, cucu, dada, you know i mean Barracuda, man !"

The Barracudas : Inside Mind